Les bonnes œuvres, possibles par le salut en Christ, Tite 3.1-8

« Les instructions et le mode de vie du chrétien sont autant applicables pour les chrétiens de l’époque que pour les croyants dans la société d’aujourd’hui. Dieu, dans sa bonté, sa grâce, sa miséricorde et son amour, nous a purifiés de nos péchés par Jésus-Christ. Il nous a transformés par le moyen du renouvellement et de la régénération du Saint-Esprit. Étant dans l’espérance de la vie éternelle à venir, nous pouvons être participants des bonnes œuvres que Dieu a lui-même préparées. Ceci sera bon et utile pour nous et pour les gens autour de nous. »

 

Aujourd’hui, la méditation va porter sur la première section du chapitre 3 de Tite, en partant du premier verset jusqu’au huitième. J’avais étudié ce passage au début de l’année afin de mieux comprendre le contexte d’un verset que j’avais appris par cœur il y a plusieurs années de cela. C’est le verset 5 que je cite :

il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde, par le baptême de la régénération et le renouvellement du Saint Esprit; (Tite 3.5)

C’est un verset riche théologiquement et qui comporte plusieurs notions intéressantes pour le croyant. Ayant été invité à apporter une méditation le dimanche matin, j’ai cru bon de vous partager mon étude à ce sujet. Étant donné que je remplace d’une façon occasionnelle, il me faut aborder dans la même méditation le contexte du livre et le contexte historique du passage afin de mieux nous situer pour l’étude du texte.

L’épitre de Paul à Tite est généralement considérée comme une épitre « pastorale », tout comme les deux épitres adressées à Timothée. Cette désignation est un peu simpliste, mais elle nous permet de regrouper les épitres étant adressée à un proche collaborateur de Paul, qui ont des contextes et un but similaires. Dans ces épitres pastorales se trouvent quatre principaux groupes de personnes. Pour notre étude dans Tite, il y a bien sûr Paul qui s’adresse à Tite, le mettant en garde contre les faux docteurs et l’instruisant pour établir des anciens dans différentes églises.

Contexte du livre

Situation géographique et historique

L’épitre à Tite a été écrite au premier siècle de notre ère, possiblement entre l’an 62 et l’an 65, au tout début de l’église chrétienne, et elle est adressée directement à Tite (Tite 1.4). Au verset 5 du chapitre 1, nous voyons que Tite a été laissé en Crête (grande île dans la Méditerranée), afin de mettre en ordre l’Église et d’établir des anciens dignes de confiance dans chaque église locale, tout cela selon les instructions de Paul – instructions retrouvées dans le reste de l’épitre.

L’introduction de Paul (Tite 1.1-3) remémore son appel missionnaire de faire connaitre l’évangile de Christ. Il transmet cette mission à Tite afin que l’évangile soit mis au centre de l’église et pour le faire transparaitre à ceux autour de lui. Tite est chargé de réprimander les faux enseignants dans les églises de Crête (Tite 1.10-11) et d’appeler les croyants vers un style de vie et une attitude chrétienne responsables, centrés sur Christ, ce qui est explicité dans les chapitres 2-3.

Il se retrouve dans un environnement où les gens du peuple n’ont pas une bonne réputation, étant menteurs et profiteurs, ce qui se fait ressentir dans les églises.

L’un d’entre eux, leur propre prophète, a dit: Crétois toujours menteurs, méchantes bêtes, ventres paresseux. Ce témoignage est vrai. […] (Tite 1.12-13)

En général, les Crétois avaient une mauvaise réputation d’agressivité, de rébellion et de mépris aux yeux des Romains; Crête a même été la base principale des pirates cent ans plus tôt. Ainsi, on se retrouve à la fois dans un contexte judéo-chrétien, au tout début de l’histoire de l’église, et dans un contexte crétois particulier.

Emplacement du passage dans le livre

Après son introduction au chapitre 1, Paul indique à Tite comment établir les anciens dans chaque ville et le met en garde contre les faux docteurs dans l’église. Au chapitre 2, nous pouvons lire les recommandations pour différents groupes sociaux qui composent l’Église. Le chapitre 3 poursuit avec un rappel de comment bien agir dans le monde, à la lumière de la grâce de Christ et dans l’espérance de son retour.

Rappelle-leur d’être soumis aux magistrats et aux autorités, d’obéir, d’être prêts à toute bonne œuvre, de ne médire de personne, d’être pacifiques, modérés, pleins de douceur envers tous les hommes. Car nous aussi, nous étions autrefois insensés, désobéissants, égarés, asservis à toute espèce de convoitises et de voluptés, vivant dans la méchanceté et dans l’envie, dignes d’être haïs, et nous haïssant les uns les autres. Mais, lorsque la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes ont été manifestés, il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde, par le baptême de la régénération et le renouvellement du Saint Esprit, qu’il a répandu sur nous avec abondance par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par sa grâce, nous devenions, en espérance, héritiers de la vie éternelle. Cette parole est certaine, et je veux que tu affirmes ces choses, afin que ceux qui ont cru en Dieu s’appliquent à pratiquer de bonnes œuvres. Voilà ce qui est bon et utile aux hommes. (Tite 3.1-8)

Exégèse Tite 3.1-8

Même s’il y a transition entre le chapitre 2 et 3, la préoccupation de l’apôtre reste la même, soit de mettre de l’avant une vie transformée par l’évangile. Dans le chapitre 2, l’accent est mis sur la conduite des divers groupes sociaux (vieillards, jeunes gens, serviteurs), tandis que dans la section que nous allons étudier plus en profondeur, l’accent est mis sur l’ensemble des croyants et leur mode de conduite dans le monde, surtout par rapport au gouvernement et aux autorités romaines à l’époque de l’empereur Néron.

Attitude à revêtir envers le monde

Rappelle-leur d’être soumis aux magistrats et aux autorités, d’obéir, d’être prêts à toute bonne œuvre, de ne médire de personne, d’être pacifiques, modérés, pleins de douceur envers tous les hommes. (Tite 3.1-2)

Les deux premiers versets du chapitre 3 informent que Tite doit rappeler aux croyants de Crête d’avoir un bon témoignage sous forme de bonne conduite envers tous les hommes. Le fait qu’il doit leur rappeler ces choses laisse croire qu’ils devaient déjà l’avoir su auparavant, sans nécessairement avoir tout appliqué.

Ils doivent se soumettre aux autorités et avoir une attitude d’obéissance. Pour les gens de Crête, cela voulait dire de devoir se soumettre aux autorités romaines, bien que cela ne leur plaise pas. On se rappellera le passé récent de rébellion et de soumission des pirates aux autorités romaines ce qui avait mis fin à leur règne ;  plusieurs ont étés relocalisés dans d’autres villes pour éviter de nouvelles révoltes.

Dans l’épitre aux Romains, Paul explique que les autorités ont été établies par Dieu et sont à son service. C’est donc dans leur devoir, en tant que citoyens, de se soumettre à elles et, ainsi, à Dieu.

Que chacun se soumette aux autorités qui nous gouvernent, car toute autorité vient de Dieu, et celles qui existent ont été établies par Dieu. C’est pourquoi celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes. En effet, on n’a pas à craindre les magistrats quand on fait le bien, mais quand on fait le mal. Veux-tu ne pas avoir à craindre l’autorité? Fais le bien et tu auras son approbation, car le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais le mal, sois dans la crainte. En effet, ce n’est pas pour rien qu’il porte l’épée, puisqu’il est serviteur de Dieu pour manifester sa colère en punissant celui qui fait le mal. Il est donc nécessaire de se soumettre aux autorités, non seulement à cause de cette colère, mais encore par motif de conscience. (Romains 13.1-5)

Les autorités ont comme devoir de punir le mal et de promouvoir le bien (Romains 13.4) et les croyants doivent être prêts à coopérer avec eux à cet égard pour accomplir toute bonne œuvre. Ainsi, ils doivent être soumis, non pas de façon aveugle et passive, mais en actions, selon ce que Dieu désigne comme étant bon (bonnes œuvres) sans toutefois obéir aux autorités si elles font ce qui est mal devant Dieu.

Nous avons un exemple de l’obéissance première à Dieu dans Actes 4.18-20 où les autorités du Grand-Conseil interdissent formellement à Pierre et à Jean d’enseigner au nom de Jésus :

Et les ayant appelés, ils leur défendirent absolument de parler et d’enseigner au nom de Jésus. Pierre et Jean leur répondirent: Jugez s’il est juste, devant Dieu, de vous obéir plutôt qu’à Dieu; car nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu. (Actes 4.18-20)

Le verset 2 poursuit avec des principes de comment agir ou ne pas agir envers tous dans la communauté, incluant les autorités, mais sans se limiter à eux – dénoté par les termes « personne » et « tous les hommes ». Il ne faut pas parler contre les autres, ni se quereller avec les autres (plutôt, être pacifique). Ils doivent plutôt se montrer bienveillants (ou modérés), faisant preuve de douceur envers tous.

C’est une telle attitude qui doit guider leurs relations avec leurs concitoyens (païens, chrétiens), afin d’être autant que possible en paix avec tous.

S’il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes. (Romains 12.18)

Ces paroles sont vraies pour nous aussi, nous indiquant quelle attitude avoir envers le gouvernement élu, envers les autorités, envers  les gens que nous côtoyons. Pensons, par exemple, aux élections récentes…

Le fondement pour l’attitude chrétienne dans le monde

Paul explique ensuite pourquoi une telle attitude doit être prise, en y établissant le fondement christologique. Au verset 3, il fait ressortir le contraste avec ce que tous (incluant lui-même) étaient avant d’avoir connu Christ et ce qu’ils devraient être, tel que mentionné dans les deux versets précédents.

Car nous aussi, nous étions autrefois insensés, désobéissants, égarés, asservis à toute espèce de convoitises et de voluptés, vivant dans la méchanceté et dans l’envie, dignes d’être haïs, et nous haïssant les uns les autres. (Tite 3.3)

Le fait d’être « insensé[], désobéissant[] et égaré[] », témoigne d’une dépravation d’intelligence morale et spirituelle ; au point même d’être « asservis à toute espèce de désirs et de [plaisirs] », ce qui transmet l’idée que tous étaient esclaves de leurs convoitises. Au lieu d’être prêts aux bonnes œuvres, ils agissaient en mal envers les autres et désiraient avoir leurs possessions. Ceci les rendait certainement odieux et faisait en sorte qu’au lieu d’être pleins de douceur envers tous, ils s’haïssaient.

Notons le contraste très marqué du contexte crétois et de l’attitude que les chrétiens sont supposés avoir. De même, en tant que croyants, nous sommes appelés à ne pas être comme les gens du monde, même si nous sommes parmi les gens du monde. Nous devons revêtir notre nouvelle nature, étant maintenant en Christ. La transition vers les prochains versets permet d’apprécier « le passage d’une motivation culturelle crétoise à une motivation cultuelle chrétienne ».

Mais, lorsque la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes ont été manifestés, il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde, par le baptême de la régénération et le renouvellement du Saint Esprit, (Tite 3.4-5)

Le verset 4, verset charnière, débute l’explication christologique en laissant voir, par l’usage du terme « mais », que leur mauvaise attitude à tout égard n’en est pas restée là. Dans les versets 4 à 7, Paul met l’accent sur le fait que le salut est une réalité actuelle et jouant un rôle central dans leur vie. Plusieurs éléments ressortent de ces versets, rattachés à la notion que Dieu a sauvé les croyants.

Le salut s’est exprimé lorsque Dieu le Sauveur (l’auteur du salut) a manifesté sa « bonté » et son « amour » pour les humains ; par la naissance, la vie, la mort et la résurrection de Jésus. Paul juge bon de préciser que ce n’est pas par leur propre mérite ou efforts (« œuvres de justice ») qu’ils ont pu parvenir au salut, d’autant plus qu’ils étaient égarés et esclaves du mal. Ceci permet aussi de mettre en garde contre une attitude hautaine et légaliste comme celle des faux docteurs du chapitre un.

Il précise ensuite que c’est plutôt selon la « miséricorde » de Dieu que le salut est accessible, sa compassion l’amenant à sauver les pécheurs perdus et sans capacité de s’approcher de lui. Nous voyons ici la notion d’incapacité :

 Ceux, en effet, qui vivent selon la chair, s’affectionnent aux choses de la chair, tandis que ceux qui vivent selon l’esprit s’affectionnent aux choses de l’esprit. Et l’affection de la chair, c’est la mort, tandis que l’affection de l’esprit, c’est la vie et la paix ; car l’affection de la chair est inimitié contre Dieu, parce qu’elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, et qu’elle ne le peut même pas. Or ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu. (Romains 8.5-8)

Au verset 5 du chapitre 3 de Tite, Paul explique qu’une « régénération », une nouvelle naissance menant à une vie radicalement transformée, a été nécessaire; tout comme le « renouvellement » de l’homme intérieur par l’intervention du « Saint-Esprit ». Ceci est imagé par le baptême. – Le baptême nous rappelle :

  1. notre saleté (haine envers Dieu);
  2. la grâce imméritée de Dieu menant à une transformation de vie.

qu’il a répandu [l’Esprit] sur nous avec abondance par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par sa grâce, nous devenions, en espérance, héritiers de la vie éternelle. (Tite 3.6-7)

En continuant son élan doctrinal quant au salut, Paul enseigne que ce Saint-Esprit (sa présence et ses actions) a été abondamment répandu sur eux par Jésus-Christ, celui qui est véritablement leur Sauveur, et ce, afin qu’ils « héritent la vie éternelle ». Cet héritage (ce qui insinue que cela leur est déjà transmis) est encore sous forme d’espérance, n’étant pas encore tangible (bien que certain). L’héritage de la vie éternelle est possible puisqu’ils sont « justifiés par sa grâce », c’est-à-dire rendus justes par son intervention malgré que, par leur culpabilité, ils méritent la mort éternelle.

En effet, le salaire du péché, c’est la mort, mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur. (Romains 6.23)

Colossiens 1.21-23a précise que c’est Dieu qui nous a réconciliés, d’ennemis que nous étions :

Or vous, autrefois, vous étiez exclus de la présence de Dieu, vous étiez ses ennemis à cause de vos pensées qui vous amenaient à faire des œuvres mauvaises ; mais maintenant, Dieu vous a réconciliés avec lui par le sacrifice de son Fils qui a livré à la mort son corps humain, pour vous faire paraître saints, irréprochables et sans faute devant lui. Mais il vous faut, bien sûr, demeurer dans la foi, fermement établis sur ce fondement sans vous laisser écarter de l’espérance qu’annonce l’Évangile. […] (Colossiens 1.21-23a [version BDS])

Le passage aborde aussi le sujet de l’espérance qui se trouve dans l’Évangile et mentionne qu’il ne faut pas s’en écarter, en restant établi sur le fondement de la grâce immérité en Dieu, auquel nous nous attachons par la foi. Pour ceux de nous qui avons l’Esprit et qui demeurons en Christ, nous pouvons avoir l’assurance de la vie éternelle. À l’inverse, ceux qui s’appuient sur leurs bonnes œuvres ou sur autre chose, sans être réconciliés avec Dieu par Christ, reçoivent la condamnation éternelle. Si quelqu’un ici n’a pas cette assurance de la vie éternelle, aujourd’hui est le moment propice pour en parler avec un des pasteurs ou tout autre chrétien mature dans la foi.

La « comparaison de [Tite] 3.4-7 avec [Tite] 2.11-14 s’impose » :

Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, a été manifestée. Elle nous enseigne à renoncer à l’impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans le siècle présent selon la sagesse, la justice et la piété, en attendant la bienheureuse espérance, et la manifestation de la gloire du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus Christ, qui s’est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se faire un peuple qui lui appartienne, purifié par lui et zélé pour les bonnes œuvres. (Tite 2.11-14)

Les deux parlent de la conversion en passant par le plan global du salut, le passage du chapitre 2 abordant l’intervention divine dans le monde; et celui du chapitre 3, l’expérience du chrétien renouvelé. Notre passage à l’étude adresse ce qui permet aux croyants d’accomplir les bonnes œuvres, tandis que le passage du chapitre 2 explique « que le but voulu par Dieu était la création d’un peuple nouveau apte aux bonnes œuvres ».

En résumé de cette section, Stott fait ressortir six ingrédients du salut :

  1. La nécessité du salut vient de notre dépravation;
  2. Sa source est l’amour de Dieu;
  3. Son fondement, loin d’être notre mérite, est la miséricorde de Dieu sur la croix;
  4. Son moyen est la régénération et le renouvellement du Saint-Esprit, signifiée par le baptême;
  5. Son but est notre héritage final de la vie éternelle (bien qu’il y en ait d’autres);
  6. Sa preuve est par la présence de fruits de bonnes œuvres.

L’application de la vie chrétienne dans le monde

Cette parole est certaine, et je veux que tu affirmes ces choses, afin que ceux qui ont cru en Dieu s’appliquent à pratiquer de bonnes œuvres. Voilà ce qui est bon et utile aux hommes. (Tite 3.8)

Au verset 8, Paul affirme que ce qu’il vient de dire est « certain » – l’attitude chrétienne souhaitée (Tite 3.1-2) rendue possible par le salut en Christ (Tite 3.4-7) qui a remplacé ce qu’ils étaient autrefois (Tite 3.3) par une vie capable d’œuvres bonnes (Tite 3.8). C’est cette parole qu’il veut que Tite affirme à son tour afin que les croyants de Crête « s’appliquent à pratiquer de bonnes œuvres ». Ils doivent s’efforcer pour le faire en prenant conscience du fondement théologique sous-jacent et du renouvellement qui s’est produit en eux. C’est cela qui est « bon et utile » pour tous, conclue Paul, tant pour les chrétiens que pour les gens du monde. Il faut pratiquer des bonnes œuvres envers tous, y compris envers « nos élus ».

Cette pratique de bonnes œuvres parmi les gens du monde devient le motif des chrétiens, qui sont appelés à revêtir une nouvelle attitude envers eux, puisqu’ils étaient comme eux avant d’avoir reçu le salut en Christ. En reflétant l’amour de Dieu autour d’eux, ils peuvent avoir un témoignage missionnaire dans l’espérance que d’autres viennent au salut par la foi en Christ, par le moyen de la grâce de Dieu. Cette vie chrétienne authentique est remarquablement contraire à celle des faux docteurs (Tite 1.16), qui prétendent connaitre Dieu, mais démontrent l’inverse par leur style de vie totalement dépourvu de bonnes actions – étant même incapables d’en faire par l’absence de la source qui se trouve en Christ.

Nous venons de voir l’application (du passage Tite 3.1-8) que Paul voulait transmettre aux chrétiens de Crête lorsqu’il a écrit l’épitre à Tite, mais en premier lieu, c’est Tite que Paul instruit selon la prédication qui lui a été confiée par Dieu (Tite 1.3) et avec l’autorité apostolique, afin que celui-ci puisse comprendre et appliquer le rôle qui lui est confié, soit d’établir les anciens et d’établir l’ordre dans l’église. Ensuite, les anciens ont à appliquer les instructions transmises par Tite afin « d’exhorter selon la saine doctrine et de réfuter les contradicteurs » (Tite 1.9). Finalement, Tite et les anciens doivent rappeler l’évangile aux chrétiens de Crête et les appeler aux bonnes œuvres.

Applications

Premier auditoire

L’application des versets étudiés, au moment de la lecture de l’épitre par Tite, est similaire pour les lecteurs dans le siècle qui a suivi et pour nous aujourd’hui, tout en prenant en compte les différences de contextes.

Les gens de Crête étaient sous le règne de l’empire romain, tout comme une grande partie des territoires autour de Crête. Peu importe sous quel gouvernement les chrétiens se trouvaient à l’époque, les instructions concernant la soumission aux autorités étaient tout aussi valables, tout comme l’appel à la douceur envers tous. Chaque ville avait certainement son propre niveau d’accord et de désaccord avec les autorités en place, mais les principes généraux enseignés par Paul y s’appliquaient tout autant. L’énoncé « doctrinal » du salut affirmé par Paul (Tite 3.3-7) est chose certaine pour tous les chrétiens et, par le fait même, le « devoir » de chacun en est le même.

Tous les premiers lecteurs chrétiens pouvaient s’approprier ces quatre choses ayant mené Dieu à les sauver : bonté, amour, miséricorde, grâce. Puisque le salut en Christ demeure le même pour tous ceux qui ont cru en Dieu, le renouvellement par l’Esprit est tout aussi vrai pour tous, tout comme l’espérance de la vie éternelle. Le « fruit » des bonnes œuvres pratiquées demeure bon et utile pour tous les chrétiens de tous les siècles, participant du coup à l’application du mandat missionnaire.

Application actuelle

Le tout est applicable pour nous aujourd’hui. Étant de « nouvelles créatures », pécheurs dépravés que nous étions, la miséricorde de Dieu nous appelle à avoir une attitude nouvelle, caractérisée par de bonnes œuvres. La transformation effectuée dans le cœur et l’être du chrétien lui donne l’occasion de porter le fruit des bonnes œuvres, contrairement aux non-convertis qui en sont fondamentalement incapables. Ces bonnes œuvres sont motivées et nourries par la grâce de Jésus. Il y a donc :

  1. Une exclusivité qui se trouve en Jésus;
  2. Une inclusivité notée par un comportement généreux envers tous.

À notre tour, nous devons nous rappeler, êtres oublieux que nous sommes, des enseignements de Paul pour que l’ordre règne dans l’église et dans notre entourage. Nous devons reconnaitre que les autorités gouvernementales, institutionnelles et civiles sont instituées par Dieu et que nous devons leur être soumis. Par exemple, nous devons respecter le code routier et nous devons être honnêtes dans nos rapports d’impôts, etc. Toutefois, lorsque les autorités dérogent de la volonté de Dieu (par exemple, lorsqu’il est question d’avortement), notre devoir est de se soumettre premièrement à Dieu, tout en étant respectueux et modérés envers elles (double responsabilité).

L’épitre de Paul à Tite lui est adressée, alors qu’il est sur l’île de Crête, sous forme d’instructions, afin de régler des situations et d’établir des anciens qui pourront bien servir dans les églises. Tite 3.1-8 se voit comme une instruction concernant le rapport social avec les gens du monde, dont les autorités. Les versets 3-7 (Tite 3.3-7) donnent un fondement théologique pour le comportement exemplaire que les chrétiens de l’île doivent avoir. Le verset 8 (Tite 3.8) renchérit en parlant de la mission des bonnes œuvres pour le bien de tous. Le point central concerne le salut de Dieu. Comme John Stott le mentionne, le salut peut être vu comme ayant une action dans le passé, par la justification et par la régénération; dans le présent, par les bonnes œuvres que l’Esprit rend possible; et dans le futur, par l’héritage de la vie éternelle.

Les instructions et le mode de vie du chrétien sont autant applicables pour les chrétiens de l’époque que pour les croyants dans la société d’aujourd’hui. Dieu, dans sa bonté, sa grâce, sa miséricorde et son amour, nous a purifiés de nos péchés par Jésus-Christ. Il nous a transformés par le moyen du renouvellement et de la régénération du Saint-Esprit. Étant dans l’espérance de la vie éternelle à venir, nous pouvons être participants des bonnes œuvres que Dieu a lui-même préparées. Ceci sera bon et utile pour nous et pour les gens autour de nous.

Luc Tessier


BÉNÉTREAU, S., Les épitres pastorales : 1 et 2 Timothée, Tite, Vaux-sur-Seine, Édifac, 2008, 457 p.

CAMPBELL, D., Opening up Titus, Leominster, Day One Publications, 2007, 217 p.

STOTT, J., The Message of 1 Timothy and Titus: the Life of the Local Church, Leicester, Inter-Varsity Press, 1996, 176 p.

TOWNER, P.H., 1-2 Timothy & Titus, Illinois, IVP, 1994, 338 p.

Luc Tessier

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