Série sur le livre de Ruth, partie 13

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« Au verset 9, Booz demande à toutes les personnes présentes de témoigner de ce qui vient de se passer. Il achète la terre et prend Ruth comme épouse. Booz a fait toutes les choses en règle. C’est un homme d’engagement, loyal et surtout, un homme qui veut plaire à Dieu. »

 

La semaine passée, le texte nous a fait découvrir un autre aspect rattaché au droit de rachat. En plus du devoir de préserver le nom du mari défunt, il y avait aussi la question du terrain qu’Élimélek possédait. Maintenant qu’il est décédé, c’est Noémi qui en a la responsabilité. Nous allons relire au chapitre 4, les 4 premiers versets. Ruth 4.1-4 :

1 Booz était monté à la porte et s’y était assis. Or, voici que celui qui avait devoir de rachat et dont Booz avait parlé vint à passer. Booz lui dit : Approche-toi, assieds-toi ici, toi un tel. Il s’approcha et s’assit. 2 Booz prit alors dix hommes parmi les anciens de la ville et dit : Asseyez-vous ici. Et ils s’assirent. 3 Puis Booz dit à celui qui avait le devoir de rachat : Noémi, revenue de la campagne de Moab, a mis en vente la pièce de terre qui appartenait à notre frère Élimélek. 4 Et moi j’ai pensé t’en informer et te dire : Fais-en l’acquisition en présence de ceux qui siègent et des anciens de mon peuple ! Si tu veux racheter, rachète ! Si tu ne rachètes pas, déclare-le moi, que je le sache, car il n’y a personne, à part toi, qui ait ce devoir. Je ne l’ai qu’après toi. Il répondit : C’est moi qui rachèterai.

La vente du terrain ne semblait pas évidente. Noémi avait mis le terrain en vente et le plus proche parent ne s’était pas manifesté. Attendrait-il le décès de Noémi, dans ce cas, le terrain lui reviendrait comme héritage? Il n’aurait rien à payer. Après tout, Noémi n’avait plus de fils et l’héritage allait au plus proche parent. Et comme les villageois se connaissaient tous à l’époque, les villages étaient vraiment petits, les autres villageois n’auraient pas osé acheter le terrain pour ne pas envenimer les relations avec ce proche parent. Lorsque Booz débute la négociation, verset 3, il dit :

Noémi, qui est revenue du pays de Moab, met en vente le champ d’Elimélek, notre parent.

Booz rappelle à ce plus proche parent que lui aussi est un proche parent. Le plus proche parent sait ce que ça signifie. S’il ne se prévaut pas de son devoir de rachat, c’est Booz qui s’en prévaudra. Et la loi le lui permet. Booz débute ensuite la négociation en parlant du terrain, verset 4. Le plus proche parent exprime son intérêt pour le terrain. Mais là, Booz l’attend avec une réalité, une responsabilité. Ruth 4.5-6 :

5 Booz dit : Le jour où tu acquerras le champ de la main de Noémi, tu l’acquerras en même temps de Ruth la Moabite, femme du défunt, pour maintenir le nom du défunt sur son héritage. 6 Celui qui avait le devoir de rachat répondit : Je ne peux pas racheter pour mon compte, de peur de détruire mon héritage ; rachète pour toi ce que j’ai le devoir de racheter, car je ne peux pas racheter.

Ce plus proche parent semblait ignorer complètement l’existence de Ruth. Il connaissait certainement Élimélek, Noémi et leurs deux fils. Mais il ne connaissait pas les Moabites que les deux fils avaient mariées, dont Ruth. Et, selon toute évidence, cet homme ne se souciait pas des autres, même de ses proches. Il n’avait démontré aucune compassion pour Noémi, sa proche parente devenue veuve. Dès qu’il apprend que le terrain ne vient pas seul, mais qu’il y a une jeune veuve à marier, il se dégage. Les versets 4 et 5 nous permettent de penser que cet homme était au courant de la situation précaire de Noémi. Cet homme savait que Noémi avait deux fils. Et si le devoir de rachat devait s’appliquer, c’est parce que Noémi était veuve et qu’elle avait perdu aussi ses deux fils. Or, les versets 4 et 5 nous montrent que Booz n’apprend pas à cet homme la situation de Noémi, mais ne fait que la lui rappeler. Au verset 6, l’homme n’est vraiment pas surpris. Cet homme ne s’intéresse qu’à sa situation financière et n’a aucun souci pour Noémi. Lorsqu’il apprend qu’il y a une jeune veuve qui fait partie du devoir de rachat, il recule. Il apprend qu’il faudra prendre soin de deux veuves, dont une qui est déjà âgée et qui ne semble plus en mesure de travailler puisqu’elle n’est jamais allée glaner avec Ruth. En fait, il est fort probable que cet homme pensait que le lévirat devait s’appliquer à Noémi. C’est-à-dire que c’était Noémi qu’il devait marier. Or, avec Noémi qui semble avancée en âge, au point où elle ne peut pas glaner, elle se nourrit de ce que Ruth glane, se marier avec Noémi ne comportait pas de risque qu’un enfant naisse. Cet homme aurait pu la marier en disant vouloir relever le nom du défunt, mais en sachant très bien que les risques étaient minimes qu’elle tombe enceinte. Mais là, marier Ruth, une jeune femme, allait conduire presque inévitablement à avoir d’autres enfants pour cet homme. Relisons le verset 5 :

Booz dit : Le jour où tu acquerras le champ de la main de Noémi, tu l’acquerras en même temps de Ruth la Moabite, femme du défunt, pour maintenir le nom du défunt sur son héritage.

C’est la surprise. Autrement dit, Booz informe cet homme que la veuve à marier n’est pas Noémi mais Ruth. Et en disant « pour maintenir le nom du défunt sur son héritage », Booz place cet homme en face de la réalité. D’abord, attends-toi à avoir des enfants avec cette femme. Mais aussi, tu dois accepter que l’héritage aille aux enfants. Autrement dit, le terrain n’ira pas à tes enfants actuels mais à ceux que tu auras avec Ruth. Et c’est ce que nous voyons au verset 6. Alors le racheteur dit : « Je ne peux pas racheter pour moi, sinon je ruinerais mon patrimoine. Toi rachète pour toi mon droit de rachat, puisque je ne peux pas racheter. » En quoi est-ce que son patrimoine serait ruiné si cet homme marie Ruth? Cet homme était déjà marié et avait des enfants. Il devrait dorénavant partager son héritage, son patrimoine en incluant les enfants qu’il aurait avec Ruth. Et c’est là qu’il recule. C’est la corde sensible sur laquelle Booz a joué. Booz est un génie. En présentant les deux responsabilités en même temps, Booz s’assure du meilleur pour Noémi et pour Ruth. Le texte le dit clairement, cet homme n’était intéressé que par le terrain, mais pas par les responsabilités familiales. Booz voulait absolument prendre soin de Noémi et de Ruth. S’il a joué sur cette corde sensible de cet homme, c’est qu’il le connaissait. Sa stratégie démontre qu’il savait par où prendre ce proche parent. Et si Booz connaissait bien ce proche parent de Noémi, il savait probablement que Ruth et Noémi seraient mieux traitées si c’est lui qui assume le lévirat. Ceci dit, en tout point, Booz a appliqué la loi de Dieu. Il n’a rien fait de mal. Ces données non seulement nous révèlent le mauvais cœur du proche parent de Noémi, mais surtout nous en apprend discrètement sur le cœur de Booz. Lui, il était disposé à dépenser et non seulement à marier Ruth, mais aussi à prendre soin de Noémi. Le texte ne nous dit rien sur la situation de Booz. Peut-être ne s’était-il jamais marié, mais ce serait très surprenant. Je ne me rappelle pas que quelqu’un soit resté célibataire dans l’Ancien Testament. Peut-être était-il veuf. Nous savons qu’il était plus âgé que Ruth puisqu’il lui dit qu’elle aurait pu choisir un jeune mari au lieu de s’intéresser à lui. Mais pour le reste, nous n’en savons rien.

 

Frères et sœurs. La solidarité au sein du peuple de Dieu a un coût. Il faut renoncer, il faut se sacrifier pour l’autre. Le verset 7 constitue une précision de l’auteur :

7 Autrefois, en Israël, pour valider une affaire quelconque, relative à un rachat ou à un échange, on ôtait sa sandale et la donnait à l’autre, et cela servait d’attestation en Israël.

En précisant Autrefois, l’auteur nous dit que le livre a été écrit bien après les évènements. Au moins durant la vie de David puisque le livre termine avec lui. Ruth 4.8-10 :

8 Celui qui avait devoir de rachat dit donc à Booz : Fais l’acquisition pour ton compte ! Et il ôta sa sandale. 9 Alors Booz dit aux anciens et à tout le peuple : Vous êtes témoins aujourd’hui que j’ai acquis de la main de Noémi tout ce qui appartenait à Élimélek, à Kilyôn et à Mahlôn, 10 et que je me suis également acquis pour femme Ruth la Moabite, femme de Mahlôn, pour maintenir le nom du défunt sur son héritage et pour que le nom du défunt ne soit pas retranché d’entre ses frères et de la porte de sa ville. Vous en êtes témoins aujourd’hui.

Au verset 8, nous voyons le plus proche parent reculer devant sa responsabilité. Sans faire de jeu de mot, il laisse le champ libre à Booz. Il ôte sa sandale et la remet à Booz. Ce geste symbolique affirmait que cet homme renonçait à marcher sur la propriété en question. Au verset 9, Booz demande à toutes les personnes présentes de témoigner de ce qui vient de se passer. Il achète la terre et prend Ruth comme épouse. Booz a fait toutes les choses en règle. C’est un homme d’engagement, loyal et surtout, un homme qui veut plaire à Dieu. Mais il y avait aussi quelque chose d’humiliant. Les esclaves ne portaient pas de sandales. Je vous lis Deutéronome 25.10 qui nous dit ce qui en était de celui qui refusait d’assumer son devoir de rachat.

…le nom dont on l’appellera en Israël sera : la maison du déchaussé.

Booz et Ruth évite le pire à cet homme. Ruth lui laisse retirer lui-même sa sandale et Ruth ne lui crache pas au visage.

 

Daniel Durand, pasteur

 

6 février 2019

Prédicateur invité

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