Série sur le livre de Ruth, partie 11

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« On constate à ce stade-ci du livre que les personnages en scène font toutes bien les choses, recherchent le bien de l’autre, et que le Seigneur dirige. Donc, toutes les raisons sont bonnes pour être optimiste. Mais il reste le comment. »

 

La semaine passée, nous nous étions arrêtés sur le scénario que Noémi propose à Ruth pour demander en mariage Booz. Nous allons relire au chapitre 3, les versets 1 à 4.

1 Noémi, sa belle-mère, lui dit : Ma fille, je voudrais te procurer du repos pour que tu sois heureuse. 2 Et maintenant, Booz, avec les servantes de qui tu as été, n’est-il pas notre parent ? Or lui-même doit vanner cette nuit les orges qui sont dans l’aire. 3 [Noémi dit à Ruth : ] Lave-toi, parfume-toi, puis mets tes beaux habits et descends sur l’aire. Ne te fais pas connaître à lui avant qu’il ait achevé de manger et de boire. 4 Quand il ira se coucher, tu observeras à quel endroit il se couche. Ensuite tu iras découvrir ses pieds et tu te coucheras. Il te dira lui-même ce que tu auras à faire.

Noémi propose donc un scénario qui suscite beaucoup d’interrogations au lecteur moderne. Elle suggère que Ruth aille rejoindre Booz de nuit là où il se couche. À l’époque, était-ce bienséant que ce soit la femme qui prenne l’initiative dans les rapprochements qui visent le mariage? Daniel Arnold propose 6 raisons pour justifier l’initiative de Ruth à la suggestion de Noémi. 1. Booz ne pouvait pas prendre l’initiative en raison d’un parent qui était plus proche et qui, par conséquent, avait le premier choix d’exercer le droit de rachat envers Ruth et de la marier. La suite du récit va nous mentionner l’existence de cet homme. 2. Noémi est probablement déçue du proche parent qui avait le premier choix et qui ne s’est pas manifesté. 3. La loi du lévirat stipule que la femme peut prendre l’initiative lorsque celui qui a le premier choix ne prend pas sa responsabilité (Dt 25.7). 4. Noémi constate que Booz est le mari idéal pour Ruth. En effet, Booz a déjà montré ses vertus de compassion et de partage envers Ruth. 5. Booz représente un potentiel plus sûr du fait qu’il a vu Ruth travailler pour tirer sa subsistance. 6. Un bienfaiteur laisse souvent l’initiative aux nécessiteux. C’est le principe « demandez et vous recevrez ». Et je proposerais une 7e raison. Booz a apprécié les valeurs familiales et spirituelles de Ruth. Booz souligne au chapitre 2 verset 11 alors qu’il s’adresse à Ruth :

On m’a raconté en détail tout ce que tu as fait pour ta belle-mère depuis la mort de ton mari et comment tu as abandonné ton père, ta mère et ton pays natal pour aller vers un peuple que tu ne connaissais pas auparavant.

Et on se rappelle que Ruth a tout raconté à sa belle-mère à la fin de la journée. Noémi a vu que Booz apprécie les valeurs familiales et les valeurs spirituelles, les deux vont ensemble. Et si Booz les a vues chez Ruth et les a appréciées, c’est donc que Booz a une opinion très favorable de Ruth. On constate à ce stade-ci du livre que les personnages en scène font toutes bien les choses, recherchent le bien de l’autre, et que le Seigneur dirige. Donc, toutes les raisons sont bonnes pour être optimiste. Mais il reste le comment. Noémi espère que Booz se mariera et assumera le rôle que la loi du lévirat prévoit, celui de marier la veuve afin d’assurer une descendance. Le scénario que Noémi propose ne ménage aucun détail. Ruth se doit de ne pas être répugnante pour Booz. Quand on a travaillé au champ toute la journée au grand soleil et transporté environ 23 litres de grains, on ne sent pas tout à fait la rose. Ne serait-ce que par respect, Ruth se doit d’arriver bien arrangée. Elle se couche au pied de Booz, signe d’humilité. Il est inutile d’imaginer une sollicitation sexuelle que le texte de suggère pas. Autant Ruth que Booz ont démontré une intégrité exemplaire depuis le début. Certains commentateurs proposent des sous-entendus ici. Nous allons tourner en Deutéronome 25.7-10 :

7  Si cet homme ne veut pas prendre sa belle-sœur, sa belle-sœur montera à la porte vers les anciens et dira : Mon beau-frère refuse de relever en Israël le nom de son frère, il ne veut pas m’épouser comme beau-frère. 8  Les anciens de la ville l’appelleront et lui parleront. S’il persiste et dit : Je ne veux pas la prendre, 9  alors sa belle-sœur s’approchera de lui en présence des anciens, lui ôtera sa sandale du pied et lui crachera au visage. Elle fera une déclaration en ces termes : Ainsi sera fait à l’homme qui ne veut pas édifier la maison de son frère. 10  Et le nom dont on l’appellera en Israël sera : la maison du déchaussé.

Il est possible que la stratégie de découvrir les pieds de Booz vise à lui rappeler son devoir de rachat. Retirer la sandale consiste aussi à découvrir le pied. Si c’est le cas, alors Noémi aurait proposé ce scénario afin de ne pas humilier Booz. Alors que la loi prévoyait une prise de position publique, Noémi propose un scénario en privé. Ruth 3.5-9 :

5  Ruth répondit à Noémi : Tout ce que tu m’as dit, je le ferai. 6 Elle descendit jusqu’à l’aire et fit tout ce que sa belle-mère avait ordonné.

Ruth exécute à la lettre ce que Noémi lui a dit, et l’auteur le mentionne deux fois, au verset 5 et au verset 6.Ça prenait du courage pour faire cela. Pour ceux qui sont familiers avec le livre d’Esther, ça rappelle la soumission d’Esther à son oncle Mardochée.

7  Booz mangea et but, et son cœur fut joyeux. Il alla se coucher à l’extrémité du tas de gerbes. (Ruth) vint tout doucement découvrir ses pieds et se coucha.

Nous ne devons pas conclure que Booz était ivre. Le texte dit qu’il mangea et qu’il but et que son cœur était joyeux. Le temps des moissons était toujours un temps de réjouissance. Le but de découvrir les pieds de Booz, en plus du rappel du lévirat comme nous l’avons vu, est que la fraîcheur de la nuit le réveille. Ce que confirme le verset 8.

8  Au milieu de la nuit, cet homme frissonna et se retourna : voici qu’une femme était couchée à ses pieds. 9  Il dit : Qui es-tu ? Elle répondit : Je suis Ruth, ta servante, étends ton aile sur ta servante, car tu as devoir de rachat.

Ruth s’est couchée au pied de Booz. Au pied indique l’humilité, voire la supplication. Elle ne tente pas de le séduire. C’est littéralement une demande en mariage au verset 9, mais inusitée. C’est la femme qui demande Booz en mariage. Mais quand on y pense, Booz n’aurait pas pu la demander en mariage puisqu’il y a un autre homme, plus proche parent de Noémi, qui a donc priorité pour exercer le droit de rachat. Booz n’est pas scandalisé de trouver Ruth à ses pieds. Elle s’identifie immédiatement. Elle ne veut sûrement pas passer pour une prostituée, ce qui était courant dans les moissons. On peut imaginer des veuves qui viennent glaner au milieu des serviteurs. Les tentations peuvent être fortes. Ruth s’identifie comme la servante de Booz à deux reprises au verset 9. Ruth est humble et ne cherche pas à s’élever pour exprimer sa demande en mariage. La demande est claire, verset 9 :

…étends ton aile sur ta servante, car tu as devoir de rachat.

Ruth reprend le mot que Booz avait utilisée au chapitre 2, verset 12 alors que Booz lui avait dit :

Que l’Éternel te rende ce que tu as fait ! Que ta récompense soit complète de la part de l’Éternel, le Dieu d’Israël, sous les ailes de qui tu es venue te réfugier.

La requête peut avoir le sens d’une simple protection qu’elle demande ou une demande en mariage. En Ézékiel 16.8, nous voyons la même idée.

Je passai près de toi, je te regardai, et voici que ton temps était là, le temps des amours. J’étendis sur toi le pan de mon manteau, je couvris ta nudité, je te fis un serment, je contractai une alliance avec toi, — oracle du Seigneur, l’Éternel, et tu fus à moi.

Dans le texte, Ruth utilise clairement le mot dans le sens conjugal. En évoquant le devoir de rachat, c’est-à-dire la loi du lévirat, Ruth exprime son motif profond. Elle ne veut pas se marier d’abord pour elle-même, mais pour honorer le nom de son mari décédé. Et Booz reconnaît la droiture de Ruth dans les versets suivants. Ruth 3.10-11 :

10  Booz dit à Ruth : Sois bénie de l’Éternel, ma fille ! Cette dernière marque de loyauté vaut mieux encore que la première, car tu n’as pas recherché des jeunes gens, pauvres ou riches. 11  Maintenant, ma fille, sois sans crainte, je ferai pour toi tout ce que tu diras, car sur la place publique chacun sait que tu es une femme de valeur.

Booz trouve encore plus honorable le second geste de Ruth qui désire honorer le nom de son mari défunt que son premier geste qui consistait à quitter son peuple pour s’attacher au peuple de Dieu. Booz est beaucoup plus âgé que Ruth et Booz salue le fait que Ruth n’a pas cherché un jeune homme, mais que son premier désir était de maintenir le nom de son mari décédé. Si Ruth avait regardé uniquement aux avantages humains, elle aurait cherché un jeune mari. D’autant plus qu’avec toutes les qualités qu’elle a, elle aurait facilement pu trouver un mari. Le verset 11 précise que tous au village est au courant que Ruth est une femme vertueuse. Mais ça aurait signifié un mariage qui ne relevait pas le nom de son mari puisqu’aucun jeune n’était proche parent. Booz aussi fait preuve de qualités spirituelles. Il n’est pas fâché que Ruth ne l’ait pas choisi pour lui-même mais pour honorer le nom de son mari défunt. Pour Booz, honorer Dieu en obéissant à sa loi est aussi la plus belle chose. Au verset 11, Booz qualifie Ruth de femme de valeur. Dans le texte original, c’est exactement la même expression qu’en Proverbes 31.10. Quelqu’un se rappelle le thème central de Proverbes 31? C’est la femme vertueuse. Mais en hébreu, c’est exactement la même expression. Femme vertueuse, femme de valeur. Dans toute la Bible, cette expression ne se retrouve qu’en Proverbes 31 et en Ruth 3.11. De plus, dans la Bible juive, le livre de Ruth suivait immédiatement celui de Proverbes. L’intérêt du classement n’était pas tant le suivi historique comme dans nos Bibles mais le lien thématique.  Ruth est cette femme vertueuse de Proverbes 31. Et Booz le reconnaît. Ceux qui ne sont pas mariés et qui aspirent au mariage, vous avez un bel exemple ici que le premier critère pour choisir un conjoint n’est pas du tout les affinités. Si vous aimez les sports de plein air et que quelqu’un a les mêmes affinités, ça ne signifie jamais que c’est le conjoint idéal. Ça peut même être un piège qui amènera le couple à prioriser ce loisir au lieu de la vie chrétienne. Le livre de Ruth ne dit pas tout des personnages. Mais ce qui se dégage est que ce qui a uni Ruth et Booz est la volonté de chacun de se soumettre à Dieu et de le servir.

 

Tout se passe bien. Le scénario de Noémi a fonctionné selon les meilleurs espoirs. Ruth est allé au pied de Booz en pleine nuit, et Booz a bien accueilli le geste de Ruth. Tout se passe bien mais… Ruth 3.12-13 :

12  Maintenant il est vrai que j’ai devoir de rachat, mais il en existe un autre plus proche que moi. 13  Passe ici la nuit. Au matin, s’il veut s’acquitter de son devoir de rachat envers toi, c’est bien, qu’il s’en acquitte ; mais s’il ne lui plaît pas de s’en acquitter envers toi, moi je m’en acquitterai envers toi, l’Éternel est vivant ! Reste couchée jusqu’au matin.

Booz met les choses très claires devant Ruth. Booz apprécie Ruth au plus haut point. Adresser le compliment femme de valeur ou femme vertueuse est une très grande marque d’appréciation. Mais Booz veut d’abord honorer Dieu et sa loi, et la loi de Dieu met des priorités dans le droit de rachat. Et il se trouve qu’il existe un plus proche parent qui pourrait damer le pion à Booz et marier Ruth. Ici, nous voyons le souci de Booz. Appliquer la loi de Dieu. Lui aussi veut que la loi du lévirat soit appliquée. Or, selon cette loi, il y a un proche parent qui a priorité. Ruth est travaillante, elle l’a démontré. Ruth est vertueuse, elle l’a démontré. Et selon certains commentateurs, Ruth était très belle du fait que Booz lui a dit qu’elle aurait pu trouver facilement un mari plus jeune. Ruth était très attrayante pour un homme, surtout pour un homme qui veut servir et honorer le Seigneur. Mais la loi de Dieu ne peut être contournée.

Daniel Durand, pasteur

23 janvier 201

Prédicateur invité

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