Série sur le livre de Jonas, partie 2

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La semaine passée, nous avons vu l’introduction au livre de Jonas. Ce soir, nous entrons dans le texte. Nous lirons les 2 premiers versets du livre.

 

1 La parole de l’Éternel fut adressée à Jonas, fils d’Amittaï, en ces mots : 2 Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et crie contre elle ! Car sa méchanceté est montée jusqu’à moi.

 

Le début du livre comporte une formulation type : « la parole de l’Éternel fut adressée à telle personne, fils de telle personne » est une ouverture classique que l’on retrouve aussi dans les livres d’Osée, Joël, Michée et Sophonie. Nous avions vu que le livre de Jonas est unique dans les livres prophétiques puisqu’il n’y a qu’une seule phrase de 5 mots qui soit prophétique dans tout le livre. L’essentiel est consacré à la narration. 2 Rois 14.25 que nous avons lu la semaine passée dit :

 

Jéroboam [c’est-à-dire Jéroboam II] rétablit la frontière d’Israël depuis l’entrée de Hamath jusqu’à la mer de la Araba, selon la parole que l’Éternel, le Dieu d’Israël, avait prononcée par l’intermédiaire de son serviteur le prophète Jonas, fils d’Amittaï, de Gath-Hépher.

 

Dans ce verset, Jonas est appelé prophète. De plus, le livre ouvre de la même manière que d’autres livres prophétiques. C’est deux éléments expliquent qu’on l’ait rangé parmi les livres prophétiques et non historiques. La sainteté de Dieu est rapidement affirmée. Le Seigneur demande à Jonas de proclamer contre Ninive, car sa méchanceté est montée jusqu’à lui. La patience de Dieu a ses limites. Le Seigneur ne laisse pas les païens pratiquer le péché indéfiniment. La mission confiée à Jonas était unique. C’est la seule fois où un prophète a dû annoncer un tel message à une nation étrangère. Du moins, jusqu’à la Pentecôte. Certains prophètes avaient annoncé des jugements sur des nations païennes, mais c’était aux Hébreux que les prophètes s’adressaient, et non aux nations concernées.

 

Les Assyriens

Le Seigneur envoie Jonas à Ninive, la capitale assyrienne. Le Seigneur n’a vraiment pas proposé à Jonas un voyage de touriste, mais plutôt un voyage tout risque. Les Assyriens étaient les plus sanguinaires de l’époque. Je vous lis ce qu’a écrit Daniel Arnold dans son commentaire. La cruauté des Assyriens était bien connue et a sévi pendant plusieurs siècles. H. R. Hall nous donne une description détaillée du roi d’Assyrie Ashur-nasir-pal II (883-859) : «Le roi avait l’habitude de brûler une ville hostile après sa capture, puis de mutiler tous les prisonniers mâles adultes en leur coupant les mains et les oreilles, et en leur crevant les yeux ; ils étaient ensuite entassés pour périr torturés par le soleil, les mouches, leurs blessures et la suffocation ; les enfants, garçons et filles, étaient brûlés vivants sur un bûcher ; leur chef était emmené en Assyrie pour être démembré vivant pour le plus grand plaisir du roi.[1] Fin de la citation. On a retrouvé des œuvres d’art où le roi déguste un somptueux repas tout en se divertissant. Et son divertissement consiste à regarder des personnes souffrir sous les tortures les plus cruelles. Être envoyé en Assyrie comportait vraiment de grands risques. Le verset 2 la présente comme une ville dont la méchanceté est montée vers Dieu. La ville est aussi présentée comme une grande ville toujours au verset 2. Le pays était très puissant. Ninive était fortifiée par une muraille qui en faisait le tour. La muraille avait plus de 30 mètres de hauteur, soit 100 pieds. Un bungalow standard a environ 40 pieds de largeur. Et la profondeur de la muraille était telle que 3 chariots pouvaient circuler à la course sur le dessus côte-à-côte. Alors imaginez une mission pour un homme seul. Mais nous verrons que ce n’est pas ce qui a rebuté Jonas. En fait, jamais le récit propose un indice nous permettant d’associer la rébellion de Jonas à la menace que la ville représentait. Jonas 1.3 :

 

Alors Jonas se leva pour s’enfuir à Tarsis, loin de la face de l’Éternel. Il descendit à Jaffa et trouva un navire qui allait à Tarsis ; il paya le prix du transport et s’embarqua avec les gens pour aller à Tarsis, loin de la face de l’Éternel.

 

La mission

Pour comprendre la réaction de Jonas, nous devons savoir ce que cette mission représentait. Cette mission dépassait le simple fait d’annoncer la repentance à une nation païenne. Pour nous, qui sommes de ce côté-ci de la Pentecôte, en plus d’être d’origine non juive, nous ne saisissons pas toujours ce qu’une telle mission pouvait représenter. Jonas est juif. Or, les Juifs souffraient de particularisme, c’est-à-dire qu’ils voulaient garder les privilèges de peuple de Dieu pour eux seuls. Ils considéraient les païens comme des impurs sans valeur. La parabole du bon Samaritain fait ressortir ce fait. De même que la résistance de Pierre face aux non Juifs. Paul parle de la jalousie des Juifs à cet égard. Ninive est choisie parce que cette ville était parmi les plus éloignées des villes connues à l’époque en plus d’être reconnue pour sa cruauté. Jonas a compris ce que représente sa mission. Et je vous cite Daniel Arnold :

[Cette mission] est une déclaration d’intention de la part de l’Éternel qui étendra, au temps convenable, son amour et sa grâce à tous les hommes sur la surface de la terre, quel que soit leur état de dégradation morale ou spirituelle. Plaçons-nous dans la peau d’un Juif de l’époque. La pensée est qu’Israël est LE peuple élu, ce qui écarte forcément tous les autres peuples des privilèges spirituels accordés par Dieu. Israël plaçait sa confiance dans le fait qu’il était la descendance biologique d’Abraham. Jésus a corrigé la pensée juive en Luc 3.8 :

 

Produisez donc des fruits dignes de la repentance, et ne vous mettez pas à dire en vous-mêmes : Nous avons Abraham pour père. Car je vous déclare que de ces pierres Dieu peut susciter des enfants à Abraham.

 

Jonas avait très bien compris ce qui en était, et c’est confirmé à la fin du livre. Jonas 4.1-2 :

 

1 Cela fut très mal pris par Jonas qui se fâcha. 2 Il pria l’Éternel et dit : Ah ! Éternel, n’est-ce pas ce que je disais quand j’étais encore dans mon pays? C’est ce que je voulais prévenir en fuyant à Tarsis. Car je savais que tu es un Dieu qui fais grâce et qui es compatissant, lent à la colère et riche en bienveillance, et qui regrettes le mal.

 

C’est pour ça que Jonas a fui. Jonas est dans un moment de folie. On ne fuit pas Dieu. Jonas connaît Dieu. Sa prière du chapitre 2 va nous le démontrer. Mais il fuit. Pour mieux comprendre sa réaction, nous allons relire le verset en 2 Rois 14.25.

 

Jéroboam rétablit la frontière d’Israël depuis l’entrée de Hamath jusqu’à la mer de la Araba, selon la parole que l’Éternel, le Dieu d’Israël, avait prononcée par l’intermédiaire de son serviteur le prophète Jonas, fils d’Amittaï, de Gath-Hépher.

 

Ce verset nous permet de mieux comprendre la réaction de Jonas face à la mission que le Seigneur lui confie envers les Ninivites. Lorsque Jonas a prophétisé que Dieu allait rétablir les frontières d’Israël, Jonas a bien réagi. Il n’a pas achoppé. Pourquoi? Parce que c’était une bénédiction pour son peuple. Mais lorsque Dieu lui demande d’aller annoncer la repentance aux Ninivites, et sachant que Dieu fait grâce, il s’enfuit. Il ne veut pas que Dieu fasse grâce aux non Juifs. Et après la repentance des Ninivites, Jonas est encore plus fâché contre Dieu. Jonas souffrait d’un nationalisme profond, d’un ethnisme égoïste. Nous ne sommes pas juifs au sens ethnique du mot. Nous ne sommes pas envoyés à Ninive et nous n’avons pas à fuir à Tarsis comme le fit Jonas. Nous pouvons cependant nous poser la question si nous accomplissons ce que le Seigneur nous demande ou si nous ne fuyons pas. Prenons-nous une autre route pour ne pas obéir au Seigneur? Avons-nous des Tarsis dans nos vies? La plupart d’entre nous côtoyons des non chrétiens. Que ce soit au travail, dans notre voisinage, pour certains dans leurs loisirs, et nous en côtoyons même dans nos propres familles. Ces gens qui ne connaissent pas le Seigneur ont besoin de le connaître. Nous n’avons pas à entreprendre un long voyage. Ils sont là près de nous.

 

Tarsis

La lecture attendue aurait été que Jonas se lève et se rende à Ninive et non à Tarsis. La réaction de Jonas est immédiate. Au lieu d’entreprendre docilement le voyage à l’Est, voyage d’environ 1000 kilomètres, il s’enfuit à l’Ouest dans un geste d’opposition à 3800 kilomètres, si nous retenons l’hypothèse la plus plausible que Tarsis se situe en Espagne[2]Quoi qu’il en soit, dans la Bible, Tarsis est associée aux endroits les plus éloignés. En 1 Rois 10.22, il est dit que les bateaux y venaient pour vendre des matières précieuses comme de l’or, de l’argent, de l’ivoire, et même des singes et des paons. Se rendre à Tarsis, c’était se rendre là où il y avait des richesses. Ésaïe 2.16 nous dit :

 

Contre tous les navires de Tarsis et contre tous les objets de désir.

 

C’est là que Jonas a voulu fuir. Nous n’avons pas à imaginer que Jonas a voulu fuir là parce qu’il y avait des richesses. Je pense que les richesses favorisaient le commerce et que le commerce faisait en sorte qu’il y avait des bateaux.

 

Daniel Durand, pasteur

20 mars 2019

 



[1] P. 79

[2] Daniel Arnold, note de bas de page 5, p. 90.

Prédicateur invité

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