Série sur le livre de Jonas, partie 15

« C’est possible qu’il y ait des chrétiens avec une certainement connaissance des Écritures, qui ont une vie d’Église depuis quelques années ou même quelques décennies, mais qui ne peuvent se réjouir de comment Dieu travaille. La colère de l’homme ne changera rien au plan de Dieu. Elle ne servira qu’à faire du dégât à celui qui vit cette colère et aux personnes de son entourage. »

 

La semaine passée, nous avons débuté le chapitre 4 du livre de Jonas, où il se retrouve seul avec Dieu. Sa mission est remplie. Le Seigneur a sauvé les Ninivites. Maintenant, Jonas se retrouve seul avec Dieu. 

Jonas en colère

Nous allons relire le dernier verset du chapitre 3 et les versets 1 et 2 du chapitre 4.

Dieu vit qu’ils agissaient ainsi et qu’ils revenaient de leur mauvaise conduite. Alors Dieu regretta le mal qu’il avait résolu de leur faire et il ne le fit pas. Cela fut très mal pris par Jonas qui se fâcha. Il pria l’Éternel et dit : Ah ! Éternel, n’est-ce pas ce que je disais quand j’étais encore dans mon pays ? C’est ce que je voulais prévenir en fuyant à Tarsis. Car je savais que tu es un Dieu qui fais grâce et qui es compatissant, lent à la colère et riche en bienveillance, et qui regrettes le mal. (Jonas 3.10-4.2)

Jonas est fâché contre Dieu. On peut se demander ce qui ne va pas chez Jonas. La semaine passée, nous avions vu que la colère de Jonas est l’expression de son orgueil. Les choses ne se sont pas passées comme il le voulait. Combien de fois nos colères reflètent-elles notre orgueil ? Le problème de Jonas est que sa volonté n’est pas en harmonie avec celle de Dieu. Jonas veut que les choses se passent autrement que ce que Dieu a prévu. Ce n’est jamais une bonne idée de ne pas harmoniser notre volonté à celle de Dieu. D’abord, c’est la meilleure façon d’être frustré et fâché, parce que nous savons que c’est toujours la volonté de Dieu qui s’accomplit. Frères et sœurs, l’exemple de Jonas doit nous donner la leçon que nous ne devons jamais être fâchés contre Dieu. Nous devons plutôt harmoniser nos pensées et notre volonté à celle de Dieu.

Jonas oublie la grâce dont il est bénéficiaire

La première chose qui ne va pas chez Jonas, c’est son orgueil, ce que nous avons vu la semaine passée. La deuxième chose qui ne va pas chez Jonas, c’est qu’il oublie qu’il a lui-même été bénéficiaire de la grâce de Dieu.

Il était membre du peuple de l’alliance et il a été désigné comme prophète de l’Éternel, comme son porte-parole. Pour nous aussi, nous devons toujours nous rappeler que nous bénéficions de la grâce de Dieu et que nous devons appliquer la même grâce dans nos rapports. Combien d’exhortations dans ce sens : « Faites-vous grâce comme Dieu vous a fait grâce. », « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Les Ninivites sont repentants. Jonas aurait dû fêter et se réjouir avec les Ninivites, mais sa réaction a plutôt été celle du fils aîné dans la parabole du fils prodigue. Vous rappelez-vous cette parabole dans Luc 15 où le fils le plus jeune quitte la maison paternelle avec sa part d’héritage pour ensuite dilapider ces biens dans la débauche ? Il retourne à la maison, repentant, et son père court pour l’accueillir, mais son frère aîné n’a pas le même enthousiasme.

Lorsqu’il apprend que son frère est de retour et que son père a tué le veau gras, voici sa réaction :

Il se mit en colère, et ne voulut pas entrer dans la maison. (Luc 15.28)

Il se met à faire des reproches à son père, versets 29 et 30.

Voici, il y a tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour que je me réjouisse avec mes amis. Et quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé ton bien avec des prostituées, c’est pour lui que tu as tué le veau gras ! (Luc 15.29-30)

Ce fils aîné traite son père d’injuste et d’ingrat. Ce fils reste en dehors de la maison, c’est-à-dire qu’il refuse de se joindre à la fête. N’est-ce pas ce que fit Jonas ?

Il trouve injuste que Dieu ait fait grâce aux Ninivites. Il est ingrat puisqu’il ne reconnaît même pas que lui-même bénéficie de la grâce de Dieu et il reste à l’écart dans sa hutte improvisée.

Mécompréhension théologique

La troisième chose qui pose problème chez Jonas, c’est qu’il connaît Dieu, mais pas suffisamment. Il sait que Dieu est compatissant, il le dit au verset 2 (Jonas 4.2), mais il ne voulait pas que Dieu ait compassion des Ninivites, des non-Juifs, des ennemis du peuple de Dieu. Jonas ignore ou oublie le rôle qu’Israël avait à cette époque : être la lumière des nations. Avant, les promesses de l’alliance n’étaient pas pour Israël seul. Dieu avait bien dit :

Abraham deviendra certainement une nation grande et puissante, et en lui seront bénies toutes les nations de la terre. (Genèse 18.18)

Paul interprète bien cette promesse :

Aussi l’Écriture, prévoyant que Dieu justifierait les païens par la foi, a d’avance annoncé cette bonne nouvelle à Abraham : Toutes les nations seront bénies en toi ; (Galates 3.8)

Cette incorporation de non-Juifs avait aussi été prophétisée par Ésaïe. Nous lisons (portez bien attention à ce qui est dit) :

En ce jour-là, il y aura un autel à l’Éternel au milieu du pays d’Égypte, et près de la frontière un monument à l’Éternel. Ce sera pour l’Éternel des armées un signe et un témoignage dans le pays d’Égypte, quand ils crieront à l’Éternel à cause des oppresseurs, et qu’il leur enverra un sauveur et prendra leur parti pour les délivrer. L’Éternel sera connu des Égyptiens, et les Égyptiens connaîtront l’Éternel en ce jour-là ; ils rendront un culte avec des sacrifices et des offrandes, ils feront des vœux à l’Éternel et les accompliront. Ainsi l’Éternel frappera les Égyptiens, il frappera, mais guérira, et ils se convertiront à l’Éternel. Il se laissera fléchir et les guérira. En ce jour-là, il y aura une route d’Égypte en Assyrie : Les Assyriens iront en Égypte, et les Égyptiens en Assyrie, et les Égyptiens avec les Assyriens rendront un culte à l’Éternel. En ce jour-là, Israël sera un troisième, avec l’Égypte et l’Assyrie, à être une bénédiction par toute la terre, Que l’Éternel des armées bénira, en disant : Bénis soient l’Égypte, mon peuple, l’Assyrie, œuvre de mes mains, et Israël, mon héritage ! (Ésaïe 19.19-25)

Pousse des cris de triomphe et réjouis-toi, Fille de Sion, car me voici ! Je viens et je demeurerai au milieu de toi, — oracle de l’Éternel. Beaucoup de nations s’attacheront à l’Éternel en ce jour-là et deviendront mon peuple ; je demeurerai au milieu de toi, et tu reconnaîtras que l’Éternel des armées m’a envoyé vers toi. (Zacharie 2.14-15)

Il semble que Jonas ne comprenait pas très bien le rôle d’Israël sur les nations. Israël devait être la lumière des nations, c’est-à-dire qu’Israël devait d’abord être l’exemple d’un peuple qui vit pour Dieu et qui voit les bénédictions de Dieu. Cet exemple serait devenu une parole vivante pour les non-Juifs. Les nations auraient ainsi découvert le Dieu sous lequel il fait bon vivre, mais c’est plutôt le contraire qui s’est produit. Israël, tout comme Jonas, est tombé dans la pensée de l’exclusivité nationale, c’est-à-dire que, pour eux, seul les Juifs comptent et que les non-Juifs périssent.

Il a fallu Jésus-Christ pour renverser cette situation. Jésus-Christ vient, lui qui est la lumière du monde. Israël est disqualifié dans son rôle et l’alliance qui lui conférait un statut privilégié est tombée en 70 avec la destruction du temple. Jonas avait la loi de Dieu. Il avait les Écritures. Il était même prophète. Il vivait au sein du peuple de Dieu, mais il était fâché.

C’est possible qu’il y ait des chrétiens avec une certainement connaissance des Écritures, qui ont une vie d’Église depuis quelques années ou même quelques décennies, mais qui ne peuvent se réjouir de comment Dieu travaille. La colère de l’homme ne changera rien au plan de Dieu. Elle ne servira qu’à faire du dégât à celui qui vit cette colère et aux personnes de son entourage.

Dieu se penche vers son serviteur

Le chapitre 4 (Jonas 4) fait ressortir une grande vérité : le Seigneur ne s’intéresse pas seulement aux bénéficiaires de la mission mais aussi à ses serviteurs. Jonas représenterait une frange nationaliste du peuple juif qui serait insensible à l’amour de Dieu pour les païens. Jonas vient d’assister au plus grand réveil de l’histoire. Même à ce jour, on ne rapporte rien de semblable.

C’est justement le succès de sa mission qui irrite Jonas. Il ne voulait pas que le Seigneur épargne les Ninivites du jugement. Plusieurs raisons ont été proposées pour expliquer le mépris de Jonas pour les Ninivites. Certains ont proposé que Jonas était xénophobe, qu’il détestait les étrangers, mais cette proposition doit être écartée puisque Jonas n’a pas voulu que les marins païens périssent par sa faute. Existait-il une haine envers les Assyriens en raison de la mauvaise attitude de cette nation ennemie ? C’est possible, mais à l’époque de Jonas, il n’y avait pas eu de conflit majeur dans les dernières décennies. Ceci dit, il y a des haines entre peuples qui durent longtemps. Peut-être que Jonas désirait que les Ninivites disparaissent pour assurer une certaine quiétude politique dans l’avenir. Il est aussi possible, voire probable, que les raisons étaient plus théologiques. Pour les Juifs, c’était très difficile d’accepter que Dieu fasse grâce à des non-Juifs. De plus, la repentance des Ninivites était en contraste avec l’endurcissement d’Israël. Comment la nation juive, qui a un tel Dieu qui l’a délivrée de l’esclavage d’Égypte, qui en a pris soin paternellement, qui lui a donné un pays où coulent le lait et le miel… comment une telle nation peut-elle s’endurcir contre Dieu en abandonnant sa loi, alors qu’à côté, une nation païenne, qui n’a jamais bénéficié des mêmes privilèges, des mêmes attentions de l’Éternel, se tourne aussi rapidement vers le Dieu qui l’appelle à la repentance ?

Il est possible que la repentance des Ninivites mette en relief le caractère inacceptable de l’endurcissement d’Israël. Jonas y va d’une belle profession sur Dieu :

Car je savais que tu es un Dieu qui fais grâce et qui es compatissant, lent à la colère et riche en bienveillance, et qui regrettes le mal. (Jonas 4.2)

La colère de Jonas vient de sa connaissance de qui est Dieu. Autrement dit, Jonas refuse que Dieu agisse selon ce qu’il est.

Daniel Durand, pasteur
17 juillet 2019

Prédicateur invité

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