Regard biblique sur nos états d’âme, partie 8

« Il y a des personnes religieuses qui, sans être sauvées, adhèrent à une éthique que je qualifierais de recommandable. Le jeune homme riche en est un bel exemple, mais ça ne dit pas que ces personnes étaient régénérées. [2 Pierre 2.21] ajoute que ces personnes ont connu la voie de la justice, mais encore là, ça ne signifie pas que cette connaissance était à salut. Le verset 22 nous éclaire davantage. »

 

Toujours dans la série sur nos états d’âme, nous regardons présentement certains textes qui peuvent nous troubler sur la question du salut. Est-ce que le salut peut se perdre? Nous avons commencé à examiner certains textes difficiles sur le sujet. Nous allons poursuivre avec 2 Pierre 2.1 :

Il y a eu parmi le peuple de faux prophètes, et il y aura de même parmi vous de faux docteurs, qui introduiront des sectes pernicieuses, et qui, reniant le maître qui les a rachetés, attireront sur eux une ruine soudaine. (2 Pierre 2.1)

Ici, des hérétiques réprouvés sont décrits comme ayant été rachetés par le maître. La difficulté avec l’idée que ces personnes auraient réellement été rachetées, c’est qu’elle appauvrit la notion de rachat. Ces personnes auraient été rachetées et auraient abandonné la vérité en propageant de fausses doctrines. Ce sont de faux docteurs, de faux enseignants. Or, Paul parle ainsi de ceux qui ne sont pas sauvés :

L’avènement de l’impie se produira par la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers, et avec toutes les séductions de l’injustice pour ceux qui périssent, parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. (2 Thessaloniciens 2.9-10)

Comment ceux qui auraient reçu l’amour de la vérité peuvent-ils choisir le mensonge? Je pense que nous avons là une difficulté sérieuse avec l’interprétation que ces personnes auraient réellement été rachetées et qu’elles seraient finalement réprouvées. La Bible affirme que ceux qui sont rachetés par Jésus-Christ lui appartiennent complètement :

Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes ? Car vous avez été rachetés à un grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu. (1 Corinthiens 6.19-20)

L’interprétation qui me semble la plus plausible est que Pierre utilise un style qu’on appelle « phénoménologique », c’est-à-dire que Pierre présente ces personnes comme si elles avaient été rachetées en raison des prétentions de celles-ci. Jésus a utilisé ce style en Marc 2.16-17 :

Les scribes et les pharisiens, le voyant manger avec les publicains et les gens de mauvaise vie, dirent à ses disciples : Pourquoi mange-t-il et boit-il avec les publicains et les gens de mauvaise vie ? Ce que Jésus ayant entendu, il leur dit : Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. (Marc 2.16-17)

Est-ce que Jésus insinue qu’il y a des justes, des gens qui se portent bien? Certainement pas : Jésus répond aux propos des scribes et des pharisiens qui sont scandalisés de le voir manger avec les publicains et les pécheurs notoires. Par sa réponse, il va présenter ces dirigeants religieux comme ceux qui se portent bien et qui sont justes, mais en fait, ces personnes ne sont pas bien portantes ni justes : elles se croient bien portantes et justes. Les faux docteurs auxquels Pierre fait référence prétendaient connaître Jésus-Christ. C’est ce que nous allons découvrir dans les versets 20 à 22 :

En effet, si après s’être retirés des souillures du monde par la connaissance du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, ils s’y engagent de nouveau et sont vaincus par elles, leur dernière condition est pire que la première. Car mieux valait, pour eux, n’avoir pas connu la voie de la justice, que de l’avoir connue et de se détourner du saint commandement qui leur avait été donné. Il leur est arrivé ce que dit le proverbe véridique : Le chien est retourné à son vomissement et la truie à peine lavée va se vautrer dans le bourbier. (2 Pierre 2.20-22)

Le verset 20 nous informe que ces personnes s’étaient détournées des souillures du monde pour y retourner. Il y a des personnes religieuses qui, sans être sauvées, adhèrent à une éthique que je qualifierais de recommandable. Le jeune homme riche en est un bel exemple, mais ça ne dit pas que ces personnes étaient régénérées. Le verset 21 ajoute que ces personnes ont connu la voie de la justice, mais encore là, ça ne signifie pas que cette connaissance était à salut. Le verset 22 nous éclaire davantage. Henri Blocher passe le commentaire suivant sur ce verset :

« […] l’apostasie des hommes en cause illustre le proverbe dont la version française serait « Chassez le naturel, il revient au galop ». Les apostats prouvent par leur apostasie qu’ils étaient restés des chiens et des cochons au cœur, malgré leur transformation superficielle. La purification et la connaissance qu’ils avaient reçue n’avaient pas impliqué de changement de nature, c’est-à-dire de régénération. » (Henri Blocher, Doctrine du péché et de la rédemption, p. 342.)

Lorsque Pierre dit que « [l]e chien est retourné à son vomissement et la truie à peine lavée va se vautrer dans le bourbier », il affirme du coup que le chien était demeuré un chien et la truie était demeurée une truie. Autrement dit, Pierre affirme que la nature n’avait pas été changée, en dépit d’une purification externe comme celle que les faux frères connaissent.

Tout comme nous l’avons vu dans l’épître aux Hébreux, il y a des gens qui font une expérience externe, superficielle des choses de Dieu. Cette expérience superficielle et temporaire est probablement ce qui est décrit dans la parabole du semeur en Luc 8.13 :

Ceux qui sont sur le roc, ce sont ceux qui, lorsqu’ils entendent la parole, la reçoivent avec joie ; mais ils n’ont point de racine, ils croient pour un temps, et ils succombent au moment de la tentation. (Luc 8.13)

Le livre de vie

Nous allons maintenant voir la question du livre de la vie, sujet qui a alimenté beaucoup de doutes chez les chrétiens quant à leur salut. Dans l’Antiquité, on appelait Livre de vie les registres contenant les noms de tous les habitants d’un pays. Il y avait des recensements et les noms étaient écrits dans ce qu’on appelait le livre de vie. De sorte que l’expression « effacer un nom du livre de vie » signifie tout simplement « décéder ». C’est ce à quoi Moïse semble faire référence :

Moïse retourna vers l’Éternel et dit : Ah ! ce peuple a commis un grand péché. Ils se sont fait des dieux d’or. Pardonne maintenant leur péché ! Sinon, je t’en prie, efface-moi de ton livre que tu as écrit. (Exode 32.31-32)

Moïse ne demande pas de perdre son salut ici : il demanderait plutôt d’être retiré de cette terre. Dieu lui répond :

L’Éternel dit à Moïse : C’est celui qui a péché contre moi que j’effacerai de mon livre. (Exode 32.33)

Effectivement, ceux qui se rebellaient contre Dieu sont décédés. Il y a eu des morts lorsque le Seigneur envoya des serpents d’airain. On voit cela en Nombres 21. En fait, toute la génération qui est sortie d’Égypte est décédée au désert en raison de son incrédulité. Les exceptions sont Caleb et Josué. Même si Moïse est mort au désert, il n’est pas décédé en même temps que cette génération. Moïse est sauvé, alors que pour la génération morte au désert, Dieu a juré qu’ils n’entreraient jamais dans son repos :

Qu’ils soient effacés du livre de vie, et qu’ils ne soient point inscrits avec les justes ! (Psaumes 69.29)

Encore ici, il se peut que le sens soit que les rebelles meurent, c’est-à-dire que le Seigneur les retranche de la terre et qu’ils ne soient pas sauvés. Remarquez ici qu’il n’est pas question que les noms soient effacés du livre de vie, mais tout simplement que les noms ne soient pas inscrits. L’idée de décéder est en lien avec ce qui est dit en Deutéronome 29.20 :

L’Éternel ne voudra pas lui pardonner. Mais alors la colère et la jalousie de l’Éternel s’allumeront contre cet homme, toute la malédiction écrite dans ce livre s’abattra sur lui, et l’Éternel effacera son nom de dessous les cieux. (Deutéronome 29.20)

D’autres pensent que ça signifie simplement « le livre de tous les vivants », qu’ils soient croyants ou non. Les effacer du livre de vie, c’est leur donner la mort éternelle, la condamnation éternelle. La mort que ces personnes connaîtront, c’est-à-dire la fin de leur vie terrestre, sera un pas vers la mort éternelle. Autrement dit, il ne s’agirait pas du livre de la vie éternelle, mais du livre de tous ceux qui sont venus à l’existence, tous les humains. Ces personnes sont en vie sur le plan humain, mais vont perdre cette vie. Elles ressusciteront à la fin, mais pour mieux subir la mort éternelle dans leur corps comme dans leur âme. Seuls les justes, les élus, reçoivent la vie éternelle. Il semble cependant que ce qui était appelé le livre de vie dans l’Antiquité, en particulier chez les Hébreux, ait servi d’illustration pour parler de ceux qui sont sauvés. Le théologien Henri Blocher (Henri Blocher, Doctrine du péché et de la rédemption, p. 347.) affirme que l’expression n’a probablement pas le même sens dans toutes les Écritures. Je vous lis ce que le Nouveau Dictionnaire Biblique d’Emmaüs écrit sur le livre de vie :

Comme les Juifs avaient des registres généalogiques et diverses listes de leurs citoyens […], l’Ancien Testament parle de façon imagée d’un livre où Dieu garde le nom de toutes ses créatures, et particulièrement des croyants. Être « effacé du livre de vie », c’est perdre la faveur divine […] ; être « trouvé inscrit dans le livre », c’est avoir part au salut éternel […]. Dans le Nouveau Testament, le livre de vie est la liste des élus […], dont les vainqueurs ne seront point retranchés […]. Devant le grand trône blanc, lors du jugement dernier, d’autres livres sont ouverts, où figure le compte exact des œuvres humaines. Sur cette base-là, tous les hommes sont déclarés pécheurs et perdus […].

Dans les dernières semaines, nous avons regardé plusieurs textes qui sont sollicités par ceux qui croient en la perte du salut. Il y a d’autres textes, mais nous avons ici les plus sollicités et les plus difficiles.

Daniel Durand, pasteur
5 février 2020

Prédicateur invité

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