Le décret de Dieu, partie 4

« Si c’est parce que Dieu a vu d’avance que nous allions croire, nous devrions conclure que ce n’est pas Dieu qui nous a choisis mais nous qui l’avons choisi. Et c’est Dieu qui devient l’élu des croyants. »

 

Introduction

La  semaine passée, nous avons commencé à regarder ce qu’on appelle le décret particulier. Il y a le décret général, c’est-à-dire le fait que Dieu a décrété tout ce qui arrive. C’est un plan global. Mais nous parlons aussi du décret particulier, c’est-à-dire l’élection de ceux qui seront sauvés. Trois arguments peuvent être présentés en faveur de la sélectivité dans la doctrine de l’élection et contre l’idée que tous sont élus en Christ. Le langage utilisé pour l’élection implique l’idée de sélectivité.

Psaume 147.19-20

19 L’Éternel révèle ses paroles à Jacob, ses prescriptions et ses ordonnances à Israël ; 20 Il n’a pas agi de même pour toutes les nations ; elles ne connaissent pas ses ordonnances.

Ces versets sont très intéressants. Si Dieu avait voulu traiter tous les hommes également, sans exception, il n’aurait pas privilégié Israël, à partir d’Abraham jusqu’à la Pentecôte. Or, le Seigneur a fait alliance avec Israël, mais pas avec les autres nations. Il s’agit clairement d’une sélection unilatérale. Et ce n’est pas parce qu’Israël avait une force attractive. Nous voyons cela en Deutéronome 7, versets 7 et 8.

7 Ce n’est point parce que vous surpassez en nombre tous les peuples, que l’Éternel s’est attaché à vous et qu’il vous a choisis, car vous êtes le moindre de tous les peuples. 8 Mais, parce que l’Éternel vous aime, parce qu’il a voulu tenir le serment qu’il avait fait à vos pères, l’Éternel vous a fait sortir par sa main puissante, vous a délivrés de la maison de servitude, de la main de Pharaon, roi d’Égypte.

Si le Seigneur était égalitariste, c’est-à-dire si Dieu avait voulu traiter tous les hommes également, sans exception, il n’aurait pas choisi la nation juive comme nation privilégiée en laissant les autres dans le paganisme, c’est-à-dire dans la pensée païenne. Or, c’est plutôt ce que Dieu a fait. Il a laissé les nations dans leur péché sans intervenir, et ce, jusqu’à la Pentecôte où les choses ont progressivement changé. Actes 14.16 :

Ce Dieu, dans les âges passés, a laissé toutes les nations suivre leurs propres voies…

L’élection de Dieu est unilatérale, et Dieu a tout à fait le droit, selon son décret, de laisser des hommes dans leur péché. Nous allons maintenant regarder la question à savoir si Dieu a élu des individus ou un groupe.

 

Certains voient l’élection comme étant le choix de Dieu en faveur d’une nation ou d’un groupe quelconque. Il est vrai que Dieu a élu la nation juive et que, dans cette nation, il y avait beaucoup de non élus. Et ça ouvre la question à savoir : est-ce que  Dieu a choisi l’Église simplement comme un tout général sans avoir élu des individus? Deux réponses s’imposent. Il serait illogique d’affirmer que Dieu ait élu un groupe et non les individus qui composent ce groupe. Tous dans le groupe pourraient tomber et être perdus, mais le groupe serait malgré tout élu. Un groupe élu sans aucun individu élu, c’est impossible. Si le salut d’un groupe est rendu certain par l’élection, comment cela peut il être assuré sans l’élection de certains individus? Autrement dit, comment Dieu peut-il élire un groupe de personnes sans élire personne dans le groupe? Il serait anti-biblique d’affirmer que l’élection est communautaire seulement et non individuelle. Jésus a dit en Jean 13.18 :

Je connais ceux que j’ai choisis.

Jésus parle d’individus. Il a choisi des individus. Romains 11.5-6 :

5 De même aussi, dans le temps présent, il y a un reste selon l’élection de la grâce. 6 Or, si c’est par grâce, ce n’est plus par les œuvres ; autrement la grâce n’est plus une grâce. Et si c’est par les œuvres, ce n’est plus une grâce, autrement l’œuvre n’est plus une œuvre.

La notion de reste est intéressante. Le reste d’Israël, ce sont les individus parmi la nation juive que Dieu a sauvés. Ce n’est pas le groupe en entier, ou le groupe en tant que groupe qui a été sauvé, mais des individus.

 

La cause du décret d’élection

La plupart des croyants admettront qu’ils ne sont pas sauvés en vertu de leurs œuvres ou de mérites quelconques. Cependant, ils expliquent l’élection de Dieu par sa prescience. Autrement dit, Dieu aurait regardé dans l’avenir pour voir ceux qui se repentiraient et croiraient et Dieu les aurait élus. C’est rendre l’élection de Dieu conditionnelle à la volonté de l’homme. Voici quelques arguments qui nous obligent à rejeter cette définition de l’élection.

 

  1. L’homme qui élit

Si notre élection était basée sur le fait que Dieu aurait vu d’avance notre conversion, ce n’est plus Dieu qui choisit ceux qui seront sauvés, mais les sauvés qui ont choisi Dieu. Et ça rend ridicules tous les versets qui disent que Dieu a élu, ou les versets qui parlent des chrétiens comme des élus de Dieu. Si c’est parce que Dieu a vu d’avance que nous allions croire, nous devrions conclure que ce n’est pas Dieu qui nous a choisis mais nous qui l’avons choisi. Et c’est Dieu qui devient l’élu des croyants.

 

  1. Définition de préscience

Ensuite, dans la Bible, lorsque le mot préscience est utilisé, il a le sens de préordination. C’est vrai que le mot préscience peut signifier connaître d’avance. Mais il peut aussi signifier ordonner d’avance. Et là, c’est en lien avec le décret divin. Préscience comporte deux racines, tout comme le mot grec. Et les racines du mot français ont exactement le même sens que celles du mot grec. Connaître d’avance peut signifier recevoir l’information d’avance. Mais le mot connaître a très souvent le sens d’aimer, de s’engager dans une relation intime. Adam connut Ève et elle enfanta. Dans ce sens, nous sommes prédestinés, c’est-à-dire que Dieu nous aime depuis l’éternité passée. Et dans son amour, il nous a élus. Comme je vous ai dit, c’est vrai que le mot préscience pourrait avoir le sens de simplement recevoir la connaissance d’avance. Mais ce mot peut aussi avoir le sens de décider d’avance que la personne entrera dans une relation alliancielle.

 

  1. Le contexte viendra trancher.

Romains 8.29 :

Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils, afin qu’il soit le premier-né d’un grand nombre de frères.

Connus d’avance est le mot grec pour pré-connaître, ou préscience. Quelques versets plus loin, Paul développe la question. Romains 9.10-13 :

10 Bien plus, il en fut ainsi de Rébecca, qui conçut seulement d’Isaac notre père ; 11 car les enfants n’étaient pas encore nés et ils n’avaient fait ni bien ni mal, pourtant, afin que le dessein de Dieu demeure selon l’élection qui dépend non des œuvres, mais de celui qui appelle, 12 il fut dit à Rébecca : 13 L’aîné sera asservi au plus jeune ; selon qu’il est écrit : J’ai aimé Jacob et j’ai haï Ésaü.

Le raisonnement de Paul est que Dieu a clairement indiqué que c’est lui seul qui décide de ceux qui seront sauvés. Il décide de qui se convertira. Il l’a indiqué clairement concernant Jacob et Ésaü en disant à Rébecca, leur mère, que l’aîné sera assujetti au plus jeune. Qu’est-ce que ça signifie? À l’époque, l’aîné recevait naturellement les privilèges de premier-né. Il recevait une double part de l’héritage. Dans le cas d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, l’héritage n’était pas seulement la terre et les animaux. Il y avait d’abord l’héritage de l’alliance que Dieu avait établie. Par exemple, Dieu avait dit à Abraham qu’il lui donnerait le pays promis à lui et à sa descendance. Mépriser l’héritage consistait à mépriser l’alliance de Dieu. Ésaü a préféré un plat de lentilles aux promesses de l’alliance. Jacob a reçu les promesses de l’alliance. Ce qui est particulier, c’est que Jacob les a obtenues par des moyens que l’on considère comme douteux. Quand Ésaü arrive affamé, Jacob ne lui a donné de la soupe aux lentilles qu’après qu’Ésaü se soit engagé à lui remettre son droit d’aînesse. Jacob aurait tout de même pu donner un repas à son frère sans rien exiger. Mais non. Plus tard, pour recevoir la bénédiction de son père, Jacob s’est déguisé en Ésaü. Le père, presque aveugle et ne pouvant reconnaître le visage, s’est fié aux mains velues, caractéristiques d’Ésaü. En fait, Jacob s’était mis une peau animale sur ses mains pour tromper son père. Et c’est ainsi que Jacob reçut le droit d’aînesse et la bénédiction du père qui revenaient en principe à Ésaü. Dieu a accompli son plan de faire de Jacob un fils de la promesse en utilisant la magouille de celui-ci. Avant la naissance des deux frères, Dieu avait dit à la mère que l’aîné serait assujetti au plus jeune. Parce que la place de premier-né vient avec une autorité et un respect dû. Paul reprend le récit de Genèse en appréciant la théologie qu’il contient. Romains 9.11-13 :

11 car les enfants n’étaient pas encore nés et ils n’avaient fait ni bien ni mal, pourtant, afin que le dessein de Dieu demeure selon l’élection qui dépend non des œuvres, mais de celui qui appelle, 12 il fut dit à Rébecca : 13 L’aîné sera asservi au plus jeune ;

Quand Paul lit dans la Genèse que Dieu avait dit avant la naissance de Jacob et Ésaü que l’aîné sera assujetti au plus jeune, ce n’est pas pour démontrer que Dieu a vu d’avance. C’est pour démontrer que le dessein d’élection ne dépend pas des œuvres mais de celui qui appelle, c’est-à-dire Dieu lui-même. Quand Paul dit au chapitre 8 que Dieu nous a connus d’avance, ce n’est pas que Dieu a vu d’avance notre conversion et qu’il a décidé de nous élire au salut par la suite. C’est le contraire. C’est pour démontrer que le dessein d’élection ne dépend pas des œuvres mais de celui qui appelle, c’est-à-dire Dieu. D’ailleurs, la suite le confirme. Romains 9.13-14 :

13 L’aîné sera asservi au plus jeune ; selon qu’il est écrit : J’ai aimé Jacob et j’ai haï Ésaü. 14 Que dirons-nous donc ? Y a-t-il en Dieu de l’injustice ? Certes non !

Si nous avons été élus parce que Dieu aurait vu d’avance notre foi, Paul ne poserait pas immédiatement la question du verset 14 : Y a-t-il en Dieu de l’injustice? Et la réponse, en plus du « Certes non! » est : Romains 9.15

Car il dit à Moïse : Je ferai miséricorde à qui je ferai miséricorde, et j’aurai compassion de qui j’aurai compassion.

Autrement dit, c’est Dieu qui décide à qui il fait miséricorde et il aura compassion de qui il aura compassion. Il est Dieu. Paul confirme sa pensée au verset 16.

Ainsi donc, cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde.

Pour Paul, le fait que Dieu nous a connus d’avance ne signifie pas que Dieu a vu notre bonne disposition d’avance. L’élection dépend de Dieu entièrement.

 

2 décembre 2018

 

Daniel Durand, pasteur

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Prédicateur invité

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