Le chrétien face aux gouvernements – Jean 19.8-11

« Les gouvernements ont l’autorité, mais une autorité mandatée. Seul Dieu possède une autorité absolue. Pilate avait l’autorité, mais il n’avait aucune légitimité d’envoyer Jésus-Christ à la mort. Ça aurait été aussi vrai si ça avait été un autre homme que Jésus-Christ qui ne s’était pas rendu coupable d’un crime. Donc, toute autorité n’a aucune légitimité pour exiger ce qui constitue une désobéissance à Dieu. »

Cette semaine, dans le cadre de notre série sur l’évangile de Jean, nous poursuivons au chapitre 19 avec les versets 8 à 11 :

Quand Pilate entendit cette parole, sa crainte augmenta. (Jean 19.8)

La parole en question est celle des dirigeants juifs qui accusaient Jésus de s’être fait Fils de Dieu.

Pilate rentra dans le prétoire et dit à Jésus : D’où es-tu ? Mais Jésus ne lui donna pas de réponse. Pilate lui dit alors : À moi, tu ne parles pas ? Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te relâcher, et que j’ai le pouvoir de te crucifier ? Jésus répondit : Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en-haut. C’est pourquoi celui qui me livre à toi est coupable d’un plus grand péché. (Jean 19.9-11)

Que le Seigneur bénisse sa Parole. Nous allons prier.

Ces versets nous amènent à nous arrêter sur la question des gouvernements et de l’autorité qu’ils ont. Nous constatons qu’il y a diverses formes de gouvernement sur la planète et ça va de la tyrannie à la démocratie la plus poussée. On parle de la gauche et de la droite, du socialisme et du capitalisme, avec toutes les nuances entre ces pôles. Dans cette réflexion, il y a toute la question de la soumission des habitants aux autorités gouvernementales. Tous les chrétiens seront d’accord pour dire que nous devons être soumis aux autorités gouvernementales, mais tous les chrétiens ne s’entendent pas pour définir le rôle du gouvernement civil et des balises de la soumission qui lui sont dues. Ajoutons à cela que nous assistons depuis plusieurs décennies à une mentalité de rejet de toute autorité. Ça se voit d’abord dans l’insoumission des enfants à leurs parents. Si un enfant n’apprend pas la soumission à la maison, il ne sera pas soumis aux autres autorités lorsqu’il sera adulte. Pour nous, chrétiens, nous sommes dirigés par les Écritures. Les Écritures nous enseignent sur la question des autorités civiles. Quand Jésus a dit en Matthieu 22.21 de rendre à César ce qui est dû à César et à Dieu ce qui est dû à Dieu, Jésus n’a ne confondu ni divorcé les deux paliers d’autorité. Dans cette parole, Jésus présente une des responsabilités de tous les hommes, y compris les chrétiens vis-à-vis les gouvernements. Cette responsabilité est de payer nos taxes et nos impôts. Que devons-nous faire si nous apprenons qu’une partie de nos taxes et impôts est utilisée pour soutenir des pratiques immorales et anti-bibliques? Avons-nous d’autres responsabilités vis-à-vis les gouvernements? La réponse est oui. Nous devons être soumis aux autorités, mais que devons-nous faire si le gouvernement veut nous forcer à désobéir au Seigneur?

Ce que Jésus dit à Pilate, c’est que l’autorité gouvernementale, avant de lui avoir été donnée par César, vient d’abord de Dieu.

Mandat balisé

Si l’autorité gouvernementale est donnée par Dieu, elle ne vient pas sans balises. Autrement dit, ce n’est pas parce que le gouvernement est établi par Dieu qu’il peut s’approprier des champs de juridiction qu’il veut.

Lisons Romains 13.1-7 :

Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a pas d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées par Dieu. C’est pourquoi celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre de Dieu, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes. Les gouvernants ne sont pas à craindre quand on fait le bien, mais quand on fait le mal. Veux-tu ne pas craindre l’autorité ? Fais le bien, et tu auras son approbation, car elle est au service de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais le mal, sois dans la crainte ; car ce n’est pas en vain qu’elle porte l’épée, étant au service de Dieu pour (montrer) sa vengeance et sa colère à celui qui pratique le mal. Il est donc nécessaire d’être soumis, non seulement à cause de cette colère, mais encore par motif de conscience. C’est aussi pour cela que vous payez les impôts. Car (ceux qui gouvernent) sont au service de Dieu pour cette fonction précise. Rendez à chacun ce qui lui est dû : la taxe à qui vous devez la taxe, l’impôt à qui vous devez l’impôt, la crainte à qui vous devez la crainte, l’honneur à qui vous devez l’honneur. (Romains 13.1-7)

Paul nous donne une balise générale du mandat du gouvernement civil : approuver le bien et punir le mal. Il ajoute au verset 6 :

Car (ceux qui gouvernent) sont au service de Dieu pour cette fonction précise. (Romains 1.6)

Nous sommes dans une société où les gouvernements s’approprient des champs de juridiction que Dieu ne leur a pas donnés. Je ne veux pas entrer dans les débats dans le cadre de cette prédication, mais je veux juste que nous réalisions que Dieu n’a pas seulement établi des autorités civiles, mais il leur a aussi et surtout donné un cadre. Quand Pilate dit à Jésus en Jean 19.10 :

Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te relâcher, et que j’ai le pouvoir de te crucifier ? (Jean 19.10)

Pensons-y : comment un homme peut-il en venir à penser qu’il a le pouvoir de crucifier un homme? Dieu a ce pouvoir, mais jamais l’homme. Dieu peut utiliser l’homme pour appliquer la peine de mort :

Mais aussi, je réclamerai votre sang (c’est-à-dire) votre vie, je le réclamerai à tout animal ; et je réclamerai à chaque homme la vie de l’homme qui est son frère. Celui qui verse le sang de l’homme par l’homme son sang sera versé. (Genèse 9.5-6)

Autrement dit, si quelqu’un commet un meurtre, ce meurtrier doit être tué par l’homme, mais ce n’est pas l’homme qui l’a décidé : c’est Dieu.

Dans la loi mosaïque, le principe est étendu à d’autres péchés, comme le blasphème, l’adultère et d’autres. Les coupables devaient être lapidés, mais encore ici, ce n’est pas l’homme qui l’a décidé : c’est Dieu qui le veut et il mandate l’homme pour exécuter ces jugements. En dehors de ça, l’homme n’a aucune autorité de décider de mettre fin à la vie d’un autre. Pilate venait de dire au sujet de Jésus au verset 6 :

[…] moi, je ne trouve pas de motif (de condamnation) en lui. (Jean 19.6)

Maintenant, Pilate affirme qu’il a le pouvoir de crucifier Jésus. Jésus répond :

Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en-haut. (Jean 19.11)

J’ai la forte impression que Pilate ne voit pas que son autorité lui a été donnée par Dieu. Pilate croyait que son autorité lui venait de Rome, de César. Puisque Rome accordait au gouverneur le droit de mettre à mort quelqu’un ou de l’acquitter, Pilate ne voyait aucun problème à envoyer Jésus à la crucifixion. Jésus corrige sa pensée prétentieuse.

Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en-haut. (Jean 19.11)

C’est comme si Jésus lui disait :

  • Pilate, ton pouvoir, ce n’est pas toi qui te l’as acquis;
  • Ce n’est pas Rome qui te l’a donné ultimement. Rome n’est qu’un autre instrument entre les mains de Dieu.

C’est intéressant de s’arrêter sur le mot traduit par « pouvoir ». En grec, il y a plusieurs mots dont le sens est proche. Il y a δυναμις qui a donné « dynamique » en français. On parle alors de « puissance ». Il y a aussi κρατος qui a donné « démocratie« . Ce mot signifie « puissance de gouverner ». Satan est présenté dans Hébreux 2.14 comme celui qui détient le pouvoir de la mort. C’est une puissance. Dans notre texte, ce n’est ni l’un ni l’autre de ces mots : c’est le mot εξουσια qui signifie une autorité légitime, une autorisation qui vient d’une autorité supérieure. Pilate, comme toutes les autorités civiles, avait une autorité légitime qui lui venait de Dieu. Jésus ne s’intéresse pas ici à la puissance de Pilate. Une personne pourrait être très puissante sans avoir l’autorité. Si un géant vient sur mon terrain et qu’il veut abattre des arbres, il sera certainement plus puissant que moi, mais il n’aurait aucune autorité légitime pour agir. La réponse de Jésus n’avait rien d’arrogant. Je pense que c’est plutôt le contraire : Jésus annonce à Pilate que c’est le Dieu suprême, le Seigneur de toute la création, qui l’a placé à cette fonction.

Pilate aurait dû recevoir cet enseignement, cette exhortation, pour changer sa perspective et avoir la crainte de Dieu dans ses responsabilités. Donc, Pilate exerçait un pouvoir tout à fait légitime, pouvoir donné par Dieu, mais il n’avait pas l’autorité de condamner à mort Jésus. Pour nous, chrétiens, nous devons reconnaître ces choses. Comment appliquer le principe? Nous avons un exemple de cela dans le livre des Actes. Les apôtres Pierre et Jean avaient été mis en prison pour avoir évangélisé. Les membres du Sanhédrin se réunirent et décidèrent de libérer les deux apôtres, mais non sans leur donner un ordre :

Mais, afin que cela ne se diffuse pas davantage parmi le peuple, défendons-leur avec menaces de parler désormais à qui que ce soit en ce nom-là. Alors ils les appelèrent et leur défendirent absolument de parler et d’enseigner au nom de Jésus. Pierre et Jean leur répondirent : Est-il juste, devant Dieu, de vous obéir plutôt qu’à Dieu ? À vous d’en juger, car nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu. (Actes 4.17-20)

Pierre et Jean refusent d’obéir à l’autorité civile et la raison qu’ils donnent est que s’ils leur obéissent, ils vont désobéir au Seigneur. Autrement dit, on ne peut pas désobéir au Seigneur sous prétexte d’obéir à une autorité gouvernementale. Le principe vaut pour toutes les autres autorités. Une épouse ne peut emboiter le pas à son mari si ça va contre ce que le Seigneur a prescrit. Un membre d’Église ne doit pas avoir une obéissance absolue envers ses anciens si ceux-ci vont contre les Écritures. Ça amène des défis majeurs. Dans certains pays ou dans des états américains, je ne me souviens plus très bien, des médecins chrétiens ont perdu leur droit de pratique, parce qu’ils ont refusé de faire des avortements. Dans des pays où les Bibles sont interdites, les policiers chrétiens sont parfois dans des situations conflictuelles. Les gouvernements ont l’autorité, mais une autorité mandatée. Seul Dieu possède une autorité absolue. Pilate avait l’autorité, mais il n’avait aucune légitimité d’envoyer Jésus-Christ à la mort. Ça aurait été aussi vrai si ça avait été un autre homme que Jésus-Christ qui ne s’était pas rendu coupable d’un crime. Donc, toute autorité n’a aucune légitimité pour exiger ce qui constitue une désobéissance à Dieu. Il me semble que certains chrétiens ont tendance à baisser les bras parfois. L’école publique expose les enfants en bas âge à la sexualité et véhicule des pratiques débauchées. Nombre de chrétiens savent ces choses et continuent d’envoyer leurs enfants à l’école publique.

Je pense que nous avons une sérieuse réflexion à faire. C’est comme si la partie intellectuelle de l’enfant était plus importante que son âme et sa conscience. C’est comme si l’avenir académique et professionnel de notre enfant était plus important que son avenir éternel. Nos gouvernements prennent toutes sortes de décisions, dont plusieurs qui s’opposent de plein fouet à la Parole de Dieu. Nous, chrétiens, sel de la terre, lumière du monde, devons résister sur ces choses.

J’ai lu dans le commentaire de James Montgomery Boice qu’un jour, en Allemagne, un prédicateur s’est retrouvé en prison pour avoir justement prêché la vérité. Un de ses amis, aussi pasteur, va le visiter en prison. Cet ami lui dit que s’il avait au moins accepté de demeurer silencieux sur certains sujets, il ne serait pas en prison. Il lui pose la question : « Pourquoi es-tu en prison? ». Le prédicateur emprisonné lui répond : « Pourquoi n’es-tu pas en prison? ».

Jésus a enseigné même lorsque ça allait contre les autorités établies. Son sermon sur la montagne, en Matthieu 5 à 7, était public. C’était à une foule que Jésus s’adressait. Jésus reprit plusieurs des commandements. Il a dénoncé la pseudo-justice des scribes et des pharisiens pour ensuite démolir leurs enseignements sur certains des commandements. Il débutait par : « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens… » Par cette introduction, Jésus reprenait l’enseignement des dirigeants juifs pour ensuite les corriger. 

Un plus grand péché

Maintenant, que signifie ce plus grand péché de la fin du verset 11?

Jésus répondit : Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en-haut. C’est pourquoi celui qui me livre à toi est coupable d’un plus grand péché. (Jean 19.11)

En disant « un plus grand péché », Jésus affirme que Pilate est en train de pécher en condamnant Jésus injustement, mais il y a quelqu’un d’autre qui a commis un plus grand péché que Pilate. Le texte ne le dit pas, mais selon le théologien Frédéric Godet, ça ne peut pas être Judas, puisque Judas n’a pas livré Jésus à Pilate. Il semblerait que ce soit Caïphe qui soit visé et pour cause : Pilate est un païen qui exerçait son pouvoir avec toutes sortes de considérations politiques. Il va livrer Jésus, mais non pas par haine de celui-ci, mais par intérêt. Nous l’avons vu dans les dernières semaines. Il a tiraillé. Il ne sait pas quoi faire. Finalement, il laisse la foule décider en pensant probablement que celle-ci allait demander la libération de Jésus. Ce que Pilate a fait est péché. Il avait déclaré à trois reprises que Jésus est innocent. Il aurait dû le libérer.

Caïphe a commis un péché plus grave : c’était lui le souverain sacrificateur avec toute l’autorité et l’influence qui viennent avec le rôle, c’est lui qui a fait arrêter Jésus et c’est lui qui a influencé le Sanhédrin. Pourquoi son péché est plus grave? C’est que Caïphe avait toutes les évidences de la messianité de Jésus. Il avait les Écritures et n’a pas mis Jésus à mort par ignorance. Au contraire, il a mis Jésus à mort parce qu’il savait qui était Jésus.

Applications

Maintenant, quelques applications.

Ceux qui ont grandi dans une famille chrétienne et qui rejettent le Christ commettent un péché plus grand que les autres. Ceux qui ont la connaissance biblique et qui utilisent leur autorité contre Dieu commettent un péché plus grand que les autres. Si c’est votre cas, l’évangile est aussi pour vous. Repentez-vous et venez ou revenez au Seigneur qui fait toujours grâce au pécheur repentant. Face aux gouvernements, nous devons les honorer, que nous soyons d’accord ou non avec eux. Nous devons les respecter. Nous devons en même temps ne pas leur être soumis, mais uniquement lorsqu’ils nous demandent des choses qui constituent une désobéissance au Seigneur. Que le Seigneur nous accorde sa sagesse dans toutes ces situations et le courage d’agir pour lui afin de le glorifier en toute chose.

Prédicateur invité

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