Le décret de Dieu, partie 5

« L’homme demeure responsable de ce qu’il fait. Le vase ne peut pas dire au potier : Pourquoi m’as-tu fait ainsi? Et Dieu demeure saint dans tout ce qu’il fait. Il n’est en rien l’auteur du péché. »

 

Avant de poursuivre notre étude sur le décret de Dieu, nous allons nous arrêter sur la question que Danny a soulevée la semaine passée. Cette question n’est pas nouvelle et plusieurs chrétiens se la posent. En fait, je vais présenter le point en deux questions.

 

  1. Est-ce que les réprouvés ont été prédestinés à l’enfer?

En fait, j’hésite à dire que les réprouvés ont été prédestinés à l’enfer. Je crains que cette formulation crée une symétrie entre les élus et les réprouvés, alors qu’il y a plutôt asymétrie. Je m’explique. Dans le cas des élus, ils sont prédestinés, et ça implique une œuvre de Dieu déterminante dans la vie des élus. La prédestination est la résolution de Dieu que nous allons être sauvés et glorifiés. Et cette prédestination vient avec la régénération, la repentance, la conversion, la sanctification. Ces choses nous sont données par Dieu et déterminent notre éternité. Dans le cas des réprouvés, le Seigneur ne fait pas d’œuvre en eux. Il les livre, les abandonne à eux-mêmes. D’ailleurs, la Bible n’utilise jamais le mot prédestiné pour parler des réprouvés. Nous devons donc éviter à tout prix une vision symétrique de la chose. Il n’y a aucune symétrie. Nous retrouvons dans nos Bibles le mot destiné pour parler des réprouvés, mais jamais le mot prédestiné. La difficulté est que plusieurs mots grecs sont traduits par le seul mot destiné. Par conséquent, même si nous rencontrons dans nos Bibles le mot destiné, il n’a pas toujours le même sens, les mêmes nuances. Ce que nous pouvons dire, c’est qu’il n’y a aucun de ces mots grecs qui sont de même racine que ce qui est traduit par prédestiné. En français, le verbe prédestiné c’est le verbe destiné auquel on a ajouté le préfixe pré qui signifie avant. Mais les mots grecs traduits par destiné sont étrangers au mot prédestiné. Voici un texte qui fait clairement ressortir la différence entre ce que Dieu fait des élus et ce qu’il fait des réprouvés. D’abord, Romains 9.22 :

Et si Dieu, voulant montrer sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté avec une grande patience des vases de colère formés pour la perdition ?

Paul dit que les réprouvés sont formés pour la perdition. Mais il utilisera un autre verbe pour les élus. Romains 9.23 :

Et si Dieu a voulu faire connaître la richesse de sa gloire à des vases de miséricorde qu’il a d’avance préparés pour la gloire?

Le tableau suivant va nous aider.

 

Réprouvés                                                   Élus

Faits par le potier                                        Faits par le potier

Formés                                                         Préparés

 

Donc, le verset 21 dit qu’autant les réprouvés que les élus sont faits par le potier. Mais le verset 22 nuance. Les réprouvés sont faits vases de colère en était formés. Paul ne précise pas qui forme. Dieu peut très bien faire des vases de colère avec ceux que Satan forme pour la perdition. Paul ne précise pas. Par contre, les élus sont faits vases d’honneur en étant préparés. Et là, ça ne peut être que par Dieu. Tous ces textes nous permettent d’affirmer des points, mais sans que l’un supprime l’autre. Dieu est souverain, totalement souverain. Dieu a tout fait pour un but, même le méchant pour le jour du malheur. Dieu opère toute chose, non pas certaines choses, mais toute chose selon le bon plaisir de sa volonté.

Par contre, ce point ne doit pas supprimer d’autres points. L’homme demeure responsable de ce qu’il fait. Le vase ne peut pas dire au potier : Pourquoi m’as-tu fait ainsi? Et Dieu demeure saint dans tout ce qu’il fait. Il n’est en rien l’auteur du péché. Je vous propose, mais très prudemment, l’idée suivante. D’abord le décret de Dieu n’implique pas une action de sa part. Ce n’est pas lui qui place l’incrédulité dans les réprouvés. Je pense que Dieu a décrété la chute, mais que, pour qu’elle se produise, le Seigneur, loin de poser une action, retire plutôt son action. C’est-à-dire qu’il laisse les créatures à elles-mêmes. En retirant son influence bienfaitrice, le Seigneur livre les créatures à ce qu’elles sont sans lui, c’est-à-dire privées de tout bien. Si je n’arrose plus ma plante et qu’elle meure, je n’ai pas tué ma plante. J’ai simplement cessé de poser une action. Ma plante est allée à ce qui était prévisible sans eau. Et ça, ce serait difficile de rejeter cette idée avec Dieu. Il a bel et bien placer le serpent dans le jardin d’Éden. Il a bel et bien placer un arbre interdit dans ce même jardin. Et il n’a pas empêché Ève de désobéir. Il n’est pas intervenu. Ces faits sont incontestables. C’est Dieu qui a décidé qu’Ève allait être livrée à elle-même. Et même chose pour Adam. Mais en même temps, il n’est pas l’auteur de leur chute, il n’est pas l’auteur du péché, et il punit sévèrement le péché. Cette idée, sans prétendre qu’elle satisfera tous les théologiens, me semble maintenir à la fois l’idée que Dieu a décrété la chute et le mal, ainsi que le fait que Dieu n’est pas l’auteur du mal.

 

Daniel Durand, pasteur

 

9 décembre 2018

Prédicateur invité

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