La création de Dieu, partie 2

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« L’attrait de ces 2 positions, celle qui voit dans les jours de très longues périodes, et le cadre littéraire, est double. Elles évitent les conflits avec la science moderne. Et elles tentent d’éviter certaines difficultés que le texte présente. Mais nous verrons qu’elles sont en conflit avec les Écritures elles-mêmes. »

 

La semaine passée, nous avons débuté l’étude sur la création. Nous avons vu que cette doctrine est universelle. Paul dit en Romains 1 que tous les hommes sans exception savent qu’ils sont créés, ce qui les rend inexcusables de ne pas croire. Nous avions aussi vu que cette doctrine est essentielle dans notre foi, et dans notre évangélisation. Et j’avais dit qu’il ne fallait pas se laisser ébranler par la science moderne qui rejette cette doctrine. D’ailleurs, dans le discours des scientifiques, nous devons distinguer entre ce qu’ils observent et l’interprétation de ce qu’ils observent. Il y a une différence entre un fait et son interprétation. Par exemple, les scientifiques constatent qu’il y a des ressemblances énormes et réelles entre des espèces animales et même entre certaines espèces animales et les humains. La plupart des animaux ont 2 yeux, un nez, une gueule, des dents. Ils se déplacent. Ils mangent. Ils dorment. Plusieurs scientifiques prennent ces ressemblances pour insinuer que ces espèces, puisqu’elles ont des ressemblances, descendent l’une de l’autre ou d’une autre espèce commune. Je vous montre 2 toiles du peintre Millet.

Celle-ci qui s’intitule Les planteurs de pommes de  terre 

et celle-ci Les glaneuses.

On constate des ressemblances. Dans les deux cas, il y a un intérêt pour la terre, pour le travail, et non seulement pour le travail mais le travail en équipe. De plus, le style artistique est le même. Est-ce que nous devrions comprendre qu’il y a une toile qui descend de l’autre en raison des ressemblances ou si nous ne devrions pas plutôt conclure que toutes ces ressemblances révèlent que c’est le même artiste derrière ces œuvres? On enregistre un fait et ce sont les ressemblances. Maintenant, l’interprétation de ce fait, c’est autre chose. Quelqu’un proposerait que, puisque les toiles ont des ressemblances entre elles, c’est que certaines toiles descendent d’autres toiles. En fait, nous savons que ces ressemblances révèlent plutôt un auteur commun, un même artiste qui les a toutes faites. Et si les ressemblances entre les espèces animales et humaines, au lieu de révéler une théorie de l’évolution révélait plutôt un auteur commun?

 

Dans la première partie de cette série, je vais présenter les 3 principales interprétations. Puis, dans la deuxième partie, nous verrons les difficultés du texte que les tenants de ceux qui remettent en question le littéralisme présentent. Après cela, nous verrons les doctrines qui se rattachent à la création. Comme vous le savez sans doute, le récit de la création a été perçu parfois comme une fable, un conte, une légende. Pour d’autres, c’est une façon primitive de raconter quelque chose d’une manière qui pouvait être comprise par un peuple primitif, peu instruit, et pauvre scientifiquement. Pour d’autres, il s’agit d’un récit historique.

 

Définition de littéraire et littéral

Chez les chrétiens, il y a 3 grandes interprétations du récit de la Genèse. Il y a d’autres positions, mais nous ne les verrons pas. Elles s’apparentent à l’une des 3 principales. Mais avant d’aller plus loin, je vais définir deux mots qui vont revenir souvent. Le littéralisme, ou l’interprétation littérale signifie que l’on reçoit le texte comme il est dit. Quand quelqu’un dit que « ça s’est passé littéralement comme ça », il dit que la présentation correspond parfaitement à la réalité. La position littérale affirme que Moïse a présenté la création telle qu’elle s’est déroulée. Moïse n’a pas utilisé de style ou de figures où le texte ne signifie plus ce qu’il dit. C’est-à-dire que six jours démarqués par un soir et un matin sont six jours de 24 heures. Et le 7e jour est aussi un jour de 24 heures. La progression du récit décrit la manière dont Dieu s’y est pris pour tout créer. C’est la position que je défends et qui m’apparaît s’imposer des textes bibliques. En fait, j’ai déjà été très sympathique à une interprétation littéraire qui se trouvait à saboter complètement l’interprétation littérale, mais je me suis ravisé. Il y a aussi l’interprétation littéraire, et elle est à l’opposé de l’interprétation littérale. Cette interprétation veut que le récit nous soit présenté comme une œuvre littéraire, une poésie, une manière artistique, mais que les choses ne se sont pas passées comme c’est présenté. Donc, littéral, c’est tel que présenté, littéraire, c’est poétique. Et il y a une 3e position que nous allons regarder juste un peu. C’est la pensée que chaque jour de la création est en fait une longue période. Les 2 premières positions que nous allons regarder rejettent l’interprétation littérale. La 1ère consiste à voir dans les jours de la création de longues périodes. Et la 2e, c’est le cadre littéraire. Il y a beaucoup d’éléments. Je vous invite à prendre des notes pour mieux retenir, et même à réécouter les enseignements sur notre site parolededieu.ca

 

 

Longues périodes

La première position est que chaque jour désignerait en fait une longue période de millions, voire de milliards d’années. Cette interprétation n’affecte pas tant l’ordre dans lequel le récit biblique présente les choses que la durée. Et je soupçonne que ça rend les partisans de cette interprétation plus confortables de ne pas s’opposer trop fortement aux dires scientifiques. Honnêtement, je ne vois aucune raison ni aucun indice dans le texte pour penser que les jours sont de longues périodes. Pour eux, l’univers n’a pas été créé en 6 jours de 24 heures, mais sur de très longues périodes. Certains ont même tenté d’harmoniser le récit biblique avec la théorie de l’évolution. La science affirme que tout ce qui existe date de milliards d’années, alors que la Bible présente une jeune terre qui daterait d’environ 6000 ans. Nous verrons que cette interprétation repose essentiellement sur le mot jour, à savoir s’il doit être pris au sens premier, c’est-à-dire de 24 heures, ou s’il peut être utilisé dans le sens d’une longue période, c’est-à-dire de millions ou milliards d’années.

 

Cadre littéraire

Mais avant, quelques mots sur la 2e interprétation, et on l’appelle le cadre littéraire. Non pas littérale, mais littéraire. C’est-à-dire que Moïse aurait présenté la création non pas dans une intention chronologique, mais schématique. Moïse aurait présenté l’acte créateur sous forme d’un poème où l’idée de la semaine lui aurait servi de canevas. Selon les tenants de cette position, Moïse ne s’intéresserait pas du tout ni à la chronologie des évènements ni à leur durée. Autrement dit, il se pourrait que Dieu ait tout créé en une seconde, ou qu’il ait étendu son acte créateur sur des milliards d’années. Le récit ne s’intéresserait pas du tout à ces éléments. Pour des fins de présentation, Moïse aurait présenté le tout de façon artistique. L’attrait de ces 2 positions, celle qui voit dans les jours de très longues périodes, et le cadre littéraire, est double. Elles évitent les conflits avec la science moderne. Et elles tentent d’éviter certaines difficultés que le texte présente. Mais nous verrons qu’elles sont en conflit avec les Écritures elles-mêmes. Par exemple, la lumière est créée le jour 1, alors que les astres qui nous permettent de recevoir la lumière sur terre sont créés au jour 4. C’est une difficulté mais qui a des réponses. Par conséquent, l’interprétation littéraire devient la solution à des défis textuels en les évitant. Moïse aurait pris la semaine qui existait déjà lorsqu’il a rédigé le livre de la Genèse et l’aurait utilisée comme un tableau dans lequel les éléments de la création sont présentés. La position du cadre littéraire repose sur des rapprochements entre les jours 1 et 4, 2 et 5, et 3 et 6.

Jour 1 : lumière                                            Jour 4 : corps célestes

La lumière est créée au jour 1, et ce sont les corps célestes, créés au jour 4, qui portent la lumière.

 

Jour 2 : ciel et mers                                     Jour 5 : oiseaux et poissons

Le ciel et les mers arrivent au jour 2, et les oiseaux du ciel, et les poissons des mers arrivent au jour 5.

 

Jour 3 : terre sèche, végétaux                   Jour 6 : animaux terrestres, hommes, végétaux donnés en nourriture

La terre sèche arrive au jour 3, et les animaux terrestres, ceux qui vivent sur la terre sèche, et les humains sont créés au jour 6. De plus, les végétaux créés au jour 3 sont donnés en nourriture au jour 6.

Certains théologiens voient des failles suffisamment fortes dans cette structure pour la discréditer complètement. Je ne passerai pas de temps sur ces correspondances parce qu’elles ne sont en rien déterminantes pour l’interprétation du récit. Que nous soyons d’accord ou non avec les correspondances entre les jours que le tableau présente, ça ne change rien à la chronologie des évènements. Est-ce que parce que Dieu a voulu que le ciel et les mers arrivent au jour 3, et les oiseaux et les poissons arrivent au jour 5, que ce n’est plus littéral? Dieu peut très bien avoir fait les choses exactement dans l’ordre dans lequel c’est présenté, avec les correspondances que vous voyez. Aux États-Unis, il y a eu un débat entre Henri Blocher, tenant de l’interprétation littéraire, et Peter Williams. Henri Blocher est un grand théologien français qui enseigne toujours. Je l’ai eu comme professeur en théologie systématique. En fait, c’est sous son influence que je suis devenu sympatique à la position du cadre littéraire, position que je rejette aujourd’hui. Peter Williams est un spécialiste des manuscrits originaux de la Bible et est rattaché à l’Université de Cambridge. D’ailleurs, Don Carson a affirmé que « [p]eu de spécialistes de la Bible peuvent s’exprimer avec compétence dans autant de domaines techniques comme Peter Williams le peut ». Et Peter Williams affirme qu’il y a bel et bien des structures littéraires dans les premiers chapitres de la Genèse, mais que ça ne signifie en rien la remise en question du sens littéral. Autrement dit, ce n’est pas parce que l’auteur a utilisé une forme littéraire que le littéralisme devient impossible. Si je vous dis :

La famille s’est réunie

Autour d’un repas exquis

Pour célébrer la Noël

Où chacun était chic and swell.

Je présente sous forme poétique un évènement, mais ça ne signifie pas que le repas et la tenue vestimentaire ont un sens figuré. Ou encore…

L’hiver est bien installé,

Avec le froid pour nous geler.

Courage et soyons patients

Jusqu’à l’arrivée du printemps.

Le fait que j’aie fait un poème n’insinue pas que l’hiver n’est plus l’hiver, et le printemps n’est plus le printemps. Je n’insinue pas qu’en raison d’une présentation poétique c’est possible que le printemps précède l’hiver finalement. Le poème n’enlève rien au sens propre des mots. Et si quelqu’un veut interpréter mon poème, il devra le faire au sens littéral, même s’il y a une présentation littéraire. Et s’il ne voit pas la poésie, il va très bien comprendre le propos. Peter Williams fait ressortir qu’il y a des structures littéraires dans toute la Bible, et que ces structures ne remettent jamais en question l’interprétation littérale. Tout le récit du déluge forme une structure littéraire. Ça ne signifie pas que les étapes de 40 jours sont remises en question. Les 10 plaies d’Égypte forment une structure littéraire. Mais les choses sont arrivées telles qu’elles sont présentées dans le livre de l’Exode.  Et nous interprétons ces textes littéralement. Peter Williams demande pourquoi ce serait différent avec Genèse 1. Il ajoute que si l’on accepte l’argument que Genèse 1 n’est pas littéral en raison de la structure littéraire, on ouvre la porte à l’idée que tous les textes où il y a une structure littéraire ne devraient pas recevoir une interprétation littérale.

 

Daniel Durand, pasteur

3 février 2019

Prédicateur invité

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