La création de Dieu, partie 12

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« L’anthropologie biblique, en présentant l’homme dans son unité, corps et esprit, rejette le dualisme, à savoir que le corps est pécheur, mais pas l’âme. Or, Jésus affirme que Dieu peut faire périr corps et âme dans la géhenne. Quand l’homme pèche, c’est tout son être qui pèche. L’âme qui pèche est celle qui mourra, même un péché intérieur que je freine avant l’action : par exemple, la convoitise. Mon corps est sollicité, mais c’est tout mon être qui pèche. Quand je suis tenté, ce n’est pas mon corps seulement qui est tenté : c’est mon âme aussi. Si je convoite, mon pouls risque d’augmenter, mes yeux travaillent et, pourtant, je n’ai pas encore posé d’action pécheresse. Mon âme pèche et mon corps pèche en même temps. Ils sont indissociables. »

 

La semaine passée, nous avons vu que l’homme et la femme ont été créés à l’image de Dieu, selon sa ressemblance. Il y a deux points que j’aurais dû amener sur ce sujet. Le premier, nous le voyons en Genèse 1.27 :

Dieu créa l’homme à son image : Il le créa à l’image de Dieu, homme et femme il les créa. (Genèse 1.27)

Quand nous considérons que le nom « Dieu » est un pluriel dans le texte original, nous pouvons davantage apprécier ce qui est dit. La pluralité en Dieu, c’est la trinité : trois personnes en un seul Dieu. « [Le Dieu en qui il y a une pluralité a créé] l’homme à son image, homme et femme il les créa. » Autrement dit, la pluralité en Dieu se reflète dans l’humanité dans laquelle il y a aussi une pluralité, l’homme et la femme.

Le deuxième point concerne le fait que nous sommes image de Dieu dans tout notre être, corps et âme. Comme je vous ai dit, il y a certains théologiens qui croient que c’est seulement par sa dimension spirituelle, c’est-à-dire l’esprit de l’homme, que l’image est portée. Il me semble que cette pensée se heurte à ce qui est dit de Jésus en Colossiens 1.15 :

Le Fils est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. (Colossiens 1.15)

Ce verset nous dit que l’image doit être visible. Une image invisible du Dieu invisible n’est pas image. Or, c’est en s’incarnant que le Fils s’est fait image : c’est en prenant un corps. Il n’aurait jamais pu révéler son Père, le refléter, sans prendre un corps. Pour cette raison, je ne crois pas que nous devions limiter le fait d’être l’image de Dieu à notre esprit.

Dichotomie ou trichotomie

Nous allons maintenant voir une question qui ne fait pas l’unanimité chez les théologiens. Est-ce que l’être humain est composé de deux parties, le corps et l’esprit, ou de trois, le corps, l’âme et l’esprit ? La position doctrinale selon laquelle l’homme a deux parties dans son être, le corps et l’âme, ou le corps et l’esprit, âme et esprit étant synonymes, c’est le dichotomisme. Ça vient du nombre « deux » et du verbe « couper ». La position doctrine selon laquelle l’homme est composé de trois parties distinctes, le corps, l’âme et l’esprit, s’appelle le trichotomisme. En fait, il y a un texte, un seul texte dans toute la Bible qui parle de trois parties :

Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entiers ; que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé sans reproche à l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ ! (1 Thessaloniciens 5.23)

Certains ont pris ce verset pour faire de Paul un trichotomiste, c’est-à-dire quelqu’un qui croit que l’homme est constitué de trois parties. J’ai entendu, il y a quelques années, quelqu’un qui enseignait sur ce verset à une radio chrétienne. Il disait que l’homme a trois parties, parce que tout ce que Dieu fait est composé de trois parties, puisque tout est fait à son image et que Dieu est trinitaire. Je ne pense pas que ce soit vrai.

Qu’on pense au siècle présent et au siècle à venir, aux ténèbres et à la lumière, à ce qui est en haut et ce qui est en bas, le monde visible et le monde invisible, qu’on pense à l’homme et à la femme, l’ancienne et la nouvelle alliance… Je pense que ce n’est pas une bonne piste de tout rendre trinitaire et ce n’est pas ce que nous voyons dans les Écritures.

La Bible, dichotomiste

Pour ma part, les arguments dichotomistes sont beaucoup plus forts et me convainquent.

De même la femme sans mari, comme la vierge, se soucie des choses du Seigneur, afin d’être sainte de corps et d’esprit; (1 Corinthiens 7.34)

Et si Christ est en vous, le corps, il est vrai, est mort à cause du péché, mais l’esprit est vie à cause de la justice. (Romains 8.10)

Les Écritures affirment clairement que l’homme est constitué d’un corps. Ce n’est pas là qu’il y a divergence : la divergence se trouve dans la question à savoir si l’âme et l’esprit sont deux notions différentes ou si c’est la même chose. À part le texte que nous avons lu et sur lequel je reviendrai, partout ailleurs, l’homme est présenté comme une créature ayant un corps et une âme ou un corps et un esprit, et ce, dès la création :

L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière du sol ; il insuffla dans ses narines un souffle [ou esprit] vital, et l’homme devint un être vivant. (Genèse 2.7)

Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme, craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne. (Matthieu 10.28)

Dans tous les passages, il y a le corps et l’âme ou le corps et l’esprit. Si nous devons craindre celui qui peut faire périr le corps et l’âme dans la géhenne, est-ce que les trichotomistes vont dire que l’esprit est épargné dans le jugement ?

Veillez et priez, afin de ne pas entrer en tentation ; l’esprit est bien disposé, mais la chair est faible. (Matthieu 26.41)

Où est l’âme ?

De plus, la mort est présentée comme le fait de rendre l’âme ou rendre l’esprit :

Et ils lapidaient Etienne, qui priait et disait : Seigneur Jésus, reçois mon esprit ! (Actes 7.59)

Et comme elle allait rendre l’âme, car elle était mourante […] (Genèse 35.18)

Rendre l’âme, c’est remettre son esprit. Les deux termes sont interchangeables. Le texte où Paul énumère l’esprit, l’âme et le corps a reçu plusieurs interprétations. En fait, c’est le seul texte que les trichotomistes peuvent citer, sauf qu’ils ont de la difficulté à interpréter les autres où l’homme est présenté sous ses deux réalités, corps et âme ou corps et esprit. Comment comprendre ce que Paul dit aux Thessaloniciens ?

Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entiers ; que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé sans reproche à l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ ! (1 Thessaloniciens 5.23)

Je pense que nous ne devons pas y voir une énumération d’éléments distincts. En Matthieu 22.37, Jésus dit :

Jésus lui répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. (Matthieu 22.37)

Un texte parallèle, Marc 12.30, ajoute la force :

[…] et tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. (Marc 12.30)

Certains citeront Hébreux 4.12 :

Car la parole de Dieu est vivante et efficace, plus acérée qu’aucune épée à double tranchant ; elle pénètre jusqu’à la partager âme et esprit, […] (Hébreux 4.12)

Le verbe traduit ici par « pénétrer » a parfois le sens de « séparer », de « partager », mais parce que les mots « âme » et « esprit » sont compléments du verbe « pénétrer », le sens du verbe est « pénétrer ». Il s’agit de pénétrer non pas deux choses différentes, mais la même entité (voir Samuel Bénétreau, tome 1, p. 191, qui cite Braun).

Ce que Hébreux 4.12 dit, c’est que la Parole pénètre là même où c’est indivisible. La doctrine de l’homme, l’anthropologie biblique, montre une différence entre la dichotomie biblique et la dichotomie qu’on retrouvait chez les philosophes grecs. L’anthropologie biblique présente l’homme comme un. La mort sépare le corps de l’esprit, mais la mort est une anomalie. Elle sépare ce qui n’aurait jamais dû être séparé.

La mort est une dénaturation de l’homme, tout comme le péché. La mort est le salaire du péché : elle en est la conséquence. L’anthropologie biblique présente donc une difficulté qui me semble insurmontable pour les trichotomistes. Quand l’homme meurt, il y a deux entités qui sont séparées : le corps et l’âme. Si l’esprit est différent de l’âme, où va l’esprit ? Nous allons voir qu’« âme » et « esprit » sont interchangeables :

Comme elle allait rendre l’âme, car elle était mourante, […] (Genèse 35.18)

Ici, Rachel allait mourir. Elle allait rendre l’âme.

Élie invoqua l’Éternel et dit : Éternel, mon Dieu, je t’en prie, que l’esprit de cet enfant revienne en lui ! (1 Rois 17.21)

L’homme est un et le fait qu’il y ait séparation du corps et de l’esprit à la mort présente la mort comme une contre-nature. L’homme a été créé un. Ce qui fait l’homme, c’est son corps et son âme ou son corps et son esprit. Il y a eu dans l’histoire de l’humanité des philosophies qui cherchaient à présenter les éléments constitutifs de l’homme comme des réalités qui pouvaient faire chambre à part. Tout en distinguant le corps et l’esprit, nous devons maintenir l’unité des éléments constitutifs de l’homme :

L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière du sol ; il insuffla dans ses narines un souffle vital, et l’homme devint un être vivant. (Genèse 2.7)

C’est le corps et l’esprit qui fait que l’homme est homme.

Le gnosticisme

Il convient ici de parler du gnosticisme. Il s’agit d’une pensée qu’on retrouvait autant chez certains philosophes païens que chez les Juifs et chez les chrétiens. D’ailleurs, plusieurs textes du Nouveau Testament visent à contrer cette pensée. Selon cette pensée, ce qui a de la valeur chez l’homme, c’est son esprit. La chair est une réalité de laquelle l’homme doit chercher à se délivrer. Dans cette pensée, la matière est impure et la connaissance est la vertu à développer. Ça a conduit certaines personnes à dire que ce n’est pas Dieu qui a créé la matière, puisqu’elle est vue comme foncièrement mauvaise et qu’elle ne peut donc venir de Dieu. Puisque le corps est matériel, le corps était vu comme mauvais. Le problème surgit de plein fouet concernant le christianisme, puisque le Fils de Dieu s’est fait chair. Puis, Paul affirme que le corps du chrétien est le temple du Saint-Esprit. La pensée biblique est que Dieu a créé l’homme corps et esprit, ou corps et âme, que les deux ont été créés parfaits. À la chute, l’homme s’est perverti corps et âme.

 

Applications

Quel impact cette doctrine a-t-elle pour nous ? Qu’est-ce que ça change ? L’anthropologie biblique, en présentant l’homme dans son unité, corps et esprit, rejette le dualisme, à savoir que le corps est pécheur, mais pas l’âme. Or, Jésus affirme que Dieu peut faire périr corps et âme dans la géhenne. Quand l’homme pèche, c’est tout son être qui pèche. L’âme qui pèche est celle qui mourra, même un péché intérieur que je freine avant l’action : par exemple, la convoitise. Mon corps est sollicité, mais c’est tout mon être qui pèche.

Quand je suis tenté, ce n’est pas mon corps seulement qui est tenté : c’est mon âme aussi. Si je convoite, mon pouls risque d’augmenter, mes yeux travaillent et, pourtant, je n’ai pas encore posé d’action pécheresse. Mon âme pèche et mon corps pèche en même temps. Ils sont indissociables.

Prédicateur invité

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