Épître aux Romains – Introduction 2

« Nous savons que l’église catholique croit que l’église de Rome fut fondée par l’apôtre Pierre. Un mot sur la relation entre Pierre et l’église de Rome : l’étude des différentes données permet de penser que Pierre est allé à Rome vers la fin de sa vie. [1 Pierre 5.13, Babylone = Rome, centre du nouvel empire] Il n’a pas fondé cette église, mais y est allé après que Paul ait écrit l’épître aux Romains. Ambroise, un père de l’église qui a vécu au 4e siècle, pense que l’église n’a pas été fondée par un apôtre. On sait aussi que ce n’est pas Paul qui a fondé l’église de Rome. Jamais Paul n’affirme vouloir revoir les frères comme il le fait dans d’autres épîtres. Il mentionne plutôt son désir de se rendre à Rome. »

Contraste avec Pierre

Paul et Pierre ont vécu la transition entre le judaïsme institutionnel et le christianisme de façon bien différente. Dieu a dû donner une vision à Pierre, celle de la nappe dans Actes 10, pour lui faire comprendre que les païens ne sont pas plus impurs que les Juifs. Si Dieu veut sauver, purifier des païens, ça appartient à Dieu. Dieu lui dit :

Ce que Dieu a déclaré pur, ne le regarde pas comme souillé. (Actes 10.15)

Pierre a aussi eu des difficultés à Antioche, alors qu’il a judaïsé. Paul l’a repris publiquement en Galates 2.14 :

Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des païens, et non à la manière des Juifs, comment peux-tu forcer les païens à judaïser ? (Galates 2.14)

Pour Paul, c’est le contraire. Paul n’a pas eu ces tensions, mais son ouverture aux païens ne l’a pas amené à se dresser contre le peuple juif. Sa requête de Romains 9.1-3 et Romains 10.1 a de quoi convaincre. Il désire pour son peuple le même salut qu’il présente aux païens.

Contexte politique

Empereurs

Tibère

La conversion de Paul se situe aux environs de l’an 35, alors que Tibère est empereur romain.

Caligula et Claude

Après avoir connu le règne de Caligula, c’est au tour de Claude d’occuper le poste. Il n’aimait pas les cultes étrangers. En 49 ou en 50, il rédige un édit qui expulse les juifs de Rome (Actes 18.2). C’est sous Claude que Paul fait ses deux premiers voyages missionnaires.

Néron

Néron arrive en 54 comme empereur. Sous son règne, on assiste :

  • au troisième voyage missionnaire de Paul;
  • à l’arrestation et à la captivité de Paul à Césarée et à Jérusalem;
  • la première captivité de Paul à Rome;
  • au martyre de Jacques, le frère du Seigneur;
  • à l’incendie de Rome (probablement par Néron, mais les chrétiens sont accusés et persécutés);
  • possiblement le martyre de Paul et celui de Pierre.

Empereurs divinisés

César a été divinisé après sa mort. Le peuple a divinisé Auguste de son vivant. On l’appelait « Sauveur » et « fils envoyé des dieux ». Après lui, les empereurs Caligula et Néron se considéraient comme des dieux. Des fêtes annuelles dirigées vers l’empereur étaient organisées avec des temples, des sacrifices et des chants. Quand on divinisait, on disait que l’empereur arrivait à son apothéose, du grec apo « qui vient de » et theos, « dieu ». Les empereurs se faisaient appeler « kuriov », ce qui signifie « seigneur ». Quand l’église dit que Jésus est le seul Seigneur, vous comprenez qu’ils rejettent les prétentions des empereurs. La foi chrétienne devient donc une ennemie de ces pratiques. Quand nous lisons que Jésus est le seul Seigneur, il y a la contestation de la divinité de l’empereur.

Destinataires : église de Rome

Fondateur

Nous savons que l’église catholique croit que l’église de Rome fut fondée par l’apôtre Pierre. Un mot sur la relation entre Pierre et l’église de Rome : l’étude des différentes données permet de penser que Pierre est allé à Rome vers la fin de sa vie. [1 Pierre 5.13, Babylone = Rome, centre du nouvel empire] Il n’a pas fondé cette église, mais y est allé après que Paul ait écrit l’épître aux Romains. Ambroise, un père de l’église qui a vécu au 4e siècle, pense que l’église n’a pas été fondée par un apôtre. On sait aussi que ce n’est pas Paul qui a fondé l’église de Rome. Jamais Paul n’affirme vouloir revoir les frères comme il le fait dans d’autres épîtres. Il mentionne plutôt son désir de se rendre à Rome. La judaïsation de l’église existait aussi à Rome. Quand ça se produisait, les chrétiens d’origine juive cherchaient à discréditer Paul, le fondateur. Galates et Corinthe sont les deux exemples les plus clairs. Si la tactique ne s’est pas retrouvée à Rome, c’est justement parce que ce n’est pas Paul qui a fondé cette église. Ambroise, endossé par plusieurs théologiens, propose l’idée suivante : l’église aurait été fondée par des Juifs qui se seraient convertis lors de la Pentecôte à Jérusalem. On se rappellera qu’à la Pentecôte, des Juifs venus de tout l’empire romain sont venus à Jérusalem pour célébrer la Pentecôte juive. Actes 2.10 précise que certains de ces Juifs venaient justement de Rome. Compte tenu que Luc évalue les conversions à 3000 âmes, on peut tenir pour acquis qu’un nombre venait de Rome. Il est aussi très probable que ces Juifs qui avaient l’habitude de se réunir aient continué à se réunir, mais entre convertis, d’autant plus que le verset 42 dit que tous ces gens persévéraient dans l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et la prière. Ces Juifs qui se sont convertis, qui ont vu des miracles, ne sont probablement pas demeurés muets à leur retour à Rome. Nous avons là des indices assez convaincants d’une implantation d’église. Il est normal de penser que ces nouveaux convertis, en retournant chez eux, se regroupent, d’autant plus que la vie communautaire cultuelle faisait partie de leurs habitudes. Autres données : jamais le livre des Actes ne présente la visite d’un apôtre pour fonder l’église à Rome, mais au chapitre 28, versets 16 et 17 (Actes 28.16-17), Paul s’adresse aux frères de Rome.

Ville

La ville de Rome comptait plus d’un million d’habitants

Composition de l’église

Sans pouvoir établir de pourcentage, nous savons que l’église de Rome était composée autant de chrétiens d’arrière-plan juif que païen. Nous trouvons des paradoxes de l’origine de ses membres dans quelques textes.

C’est par lui que nous avons reçu la grâce et l’apostolat pour amener, en son nom, à l’obéissance de la foi toutes les nations, parmi lesquelles vous êtes aussi (Romains 1.5-6)

Toi qui te donnes le nom de Juif, qui te reposes sur la loi, qui te glorifies de Dieu […] (Romains 2.17)

Je vous le dis à vous, païens : en tant qu’apôtre des païens, moi je glorifie mon ministère, (Romains 11.13)

Cependant, à certains égards, je vous ai écrit avec une sorte de hardiesse, comme pour réveiller vos souvenirs, à cause de la grâce que Dieu m’a faite d’être ministre du Christ-Jésus pour les païens (Romains 15.15-16)

Les salutations finales du chapitre 16 révèlent aussi la double origine des chrétiens de Rome. Dans les noms mentionnés, nous retrouvons autant des personnes d’origine païenne que d’origine juive. Il n’y a pas contradiction, mais plutôt l’alternance de ceux à qui Paul s’adresse.

Appel à l’humilité

Paul va s’assurer que les destinataires de chaque origine trouvent ses éléments d’humilité. Après avoir parlé des païens au chapitre 1, il dit aux Juifs, chapitre 2, verset 1 :

Tu es donc inexcusable, qui que tu sois, toi qui juges, car en jugeant les autres, tu te condamnes toi-même, puisque toi qui juges, tu agis comme eux. (Romains 2.1)

D’autre part, après avoir présenté le plan du salut, que les païens sont greffés au tronc, c’est-à-dire au peuple de Dieu, et que les Juifs s’en sont dissocié, Paul dira à ces chrétiens d’origine païenne au chapitre 11 :

Mais si quelques-unes des branches ont été retranchées, et si toi, olivier sauvage, tu as été greffé à leur place, et si tu as participé à la racine et à la sève de l’olivier, ne te glorifie pas aux dépens des branches. Si tu te glorifies, (sache que) ce n’est pas toi qui portes la racine, mais que c’est la racine qui te porte. Tu diras donc: des branches ont été retranchées, afin que moi, je sois greffé. Fort bien; elles ont été retranchées à cause de leur manque de foi, et toi, tu subsistes par la foi. N’aie pas de pensées hautaines, mais de la crainte; car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, il ne t’épargnera pas non plus. Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu: sévérité envers ceux qui sont tombés, et bonté de Dieu envers toi, si tu demeures dans cette bonté; autrement, toi aussi tu seras retranché. Eux de même, s’ils ne demeurent pas dans l’incrédulité, ils seront greffés; car Dieu est puissant pour les greffer de nouveau. (Romains 11.17-23)

Il dira en 10.12 :

Il n’y a pas de différence, en effet, entre le Juif et le Grec : ils ont tous le même Seigneur, qui est riche pour tous ceux qui l’invoquent. (Romains 10.12)

Devant Dieu, tous sont égaux. Nous avons donc une Église qu’on pourrait appeler « bi-ethnique ».

Contexte politique

En 63 avant Jésus-Christ, la Judée devint province romaine avec tout ce que ça comporte. Des étrangers règnent chez nous, un peu comme dans Astérix. Rome était le cœur de l’empire. Il est donc possible que Paul ait réservé sa lettre qui constitue sa plus grande contribution à  l’église pour la ville qui est le cœur de l’empire. Si Rome est atteint, l’empire pourrait l’être.

Contexte social

Plusieurs facteurs ont contribué à l’expansion de l’Évangile :

  1. un seul gouvernement dans tout l’empire, permettant les déplacements sans les contraintes de juridiction territoriale;
  2. une paix sociale dans l’empire;
  3. une langue : grecque;
  4. la construction de routes facilitant les déplacements militaires et commerciaux;
  5. la présence de Juifs de la diaspora, donc dispersés dans les grandes villes de l’empire;
  6. l’Ancien Testament déjà traduit en grec.

Prédicateur invité

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