Le discours d’Élihu, partie 2 – Job 33.14-33

« Le nom de Christ a été élevé au-dessus de tout nom suite à son sacrifice à la croix. Nous sommes appelés à le suivre sur ce chemin de l’abaissement qui glorifie Dieu. La couronne de gloire, nous l’aurons dans les cieux (1 Pierre 1.4; 1 Pierre 5.4). Cessons donc de chercher à l’avoir en s’élevant vers Dieu et suivons le modèle que nous avons reçu : abaissons-nous par amour pour Dieu et par amour pour nos prochains, afin de les conduire à la repentance et que Dieu soit glorifié par notre abaissement. »

 

Résumé du message précédent (6 octobre 2018)

La dernière fois, nous avons le discours d’Élihu pour savoir s’il avait parlé avec droiture de l’Éternel ou non. Aujourd’hui, nous examinerons un peu plus en détail la théologie d’Élihu. Avant, faisons un survol du message précédent.

Le livre

Le thème principal : la souffrance du juste

Instruit sur Dieu et sa justice.

Structure – Plan du livre

Prologue : Job livré aux coups de Satan (Job 1-2)

Le prologue présente le contexte du récit. Sans lui, on ne peut réellement comprendre le récit. Satan vient se présenter devant L’Éternel et il y a un dialogue entre les deux. Dieu présente son serviteur, qui est intègre et droit (Job 1.8) et Satan met en doute la fidélité de Job à deux reprises. La première fois, selon lui, Job serait infidèle s’il n’était pas béni (Job 1.9-10). La seconde fois, Job serait infidèle s’il perdait la santé (Job 2.1-7). L’Éternel lui permet à ces deux occasions de s’en prendre à Job : en premier, à ce qui lui appartient (Job 1.13-20); et en second, à sa santé (Job 2.1-7). En revanche, contrairement aux prétentions de Satan, il demeure fidèle (Job 1-20-22; Job 2.10). Ensuite, les trois amis de Job arrivent. Nous avons vu qu’Élihu n’est pas mentionné et que nous n’en entendons pas parler avant qu’il fasse son entrée en scène au chapitre 32.

Les dialogues (Job 3-27)

Donc, pour faire suite à l’arrivée de ses amis, Job exprime ensuite ses plaintes (chapitre 3). Il s’en suit une série de discours de ses trois amis et une réponse Job à chacun des discours.

Le monologue de Job (Job 27-31)

Ensuite, Job entreprend un assez long monologue.

Les discours d’Élihu (Job 32-37)

À la suite de ce monologue, Élihu s’exprime.

Les réponses de l’Éternel (Job 38-42.6)

Finalement, à la fin de tous ces discours, l’Éternel se manifeste et s’adresse à Job. Job reconnait ensuite avoir parlé de choses qui le dépassaient et se repent. Comme nous l’avons vu la dernière fois, nous trouvons l’information d’une grande importance pour étudier les propos des personnages dans cette section.

On y apprend notamment que :

  • Les paroles de Job ont été droites aux yeux de l’Éternel (Job 42.7 et 8).
  • Les paroles des trois amis n’ont pas été droites (Job 42.7-8).

Pour ce qui est d’Élihu en revanche, le passage ne donne pas la moindre information.

Épilogue (Job 42.7-17)

Enfin, dans l’épilogue, on voit que l’Éternel restaure Job et lui a accordé davantage de bénédictions qu’auparavant.

Conclusion précédente

Comme je l’ai mentionné au début, la dernière fois, nous avons analysé le discours d’Élihu pour savoir si ses propos s’inscrivaient dans l’une ou l’autre de ces catégories :

  • Avoir parlé avec droiture de l’Éternel;
  • Ne pas avoir parlé avec droiture de l’Éternel.

Nous avons vu qu’il n’est pas mentionné dans les reproches de l’Éternel aux trois amis. On aurait pu en déduire que l’Éternel agrée ce qu’il a dit. Comme nous l’avons vu, une telle déduction est simpliste et peut nous induire en erreur. Dieu pourrait en effet :

  1. s’abstenir de mentionner Élihu parce qu’il a l’intention de lui faire subir le châtiment qu’il compte épargner aux trois amis;
  2. s’abstenir de le mentionner à cause de son insignifiance, puisqu’il est plus jeune qu’eux tous (Job 32.4; Job 32.7; Job 32.9).

Nous ne pouvons donc pas tirer de conclusion hâtive sans y regarder davantage. Pour savoir quoi penser des propos d’Élihu, nous avons analysé ceux-ci en les comparant au propos des trois amis et à ceux de Job. Nous avons conclu qu’ils étaient comme ceux des trois amis et qu’il s’agissait d’une théologie de la rétribution1.

La théologie d’Élihu

Dans le texte que nous étudions, Élihu avance plusieurs notions théologiques qui sont vraies. Considérant la période de rédaction du livre de Job, il est tout à fait fascinant de voir les connaissances en matière de théologie qu’ont les personnages du livre de Job. Aujourd’hui, nous examinons sa théologie.

Les concepts théologiques

Révélation (Job 33.14-19; Job 33.29)

Dieu parle cependant, tantôt d’une manière, tantôt d’une autre, et on n’y prend point garde. (Job 33.14)

Dans la section que nous étudions, le discours d’Élihu s’articule autour de la révélation.

Cette révélation est l’initiative de Dieu. Il se révèle de deux manières :

Première manière : les songes (Job 33.14)

Dieu parle cependant, tantôt d’une manière, Tantôt d’une autre, et l’on n’y prend point garde. Il parle par des songes, par des visions nocturnes, Quand les hommes sont livrés à un profond sommeil, Quand ils sont endormis sur leur couche. Alors il leur donne des avertissements Et met le sceau à ses instructions […] (Job 33.14-16)

La première manière par laquelle Dieu se révèle est les songes (Job 33.15). Il s’en sert pour avertir et instruire (Job 33.16).

Seconde manière : la souffrance (Job 33.19)

Par la douleur aussi l’homme est repris sur sa couche, Quand une lutte continue vient agiter ses os. (Job 33.19)

La seconde manière par laquelle Dieu se révèle est la douleur. La dernière fois, nous avons vu que la souffrance n’est pas nécessairement le résultat d’un péché individuel, mais aussi le résultat de la malédiction qui pèse sur la création2. On ne peut pas faire simplement une corrélation3, une relation de cause à effet, entre la faute d’un individu et le fait qu’il soit éprouvé par la souffrance ou la maladie, bien que ce soit possible4. Pour Élihu, le but de la révélation est de détourner l’homme du mal, c’est une forme de réprimande.

Justice (faute → rétribution)

Faute :

Afin de détourner l’homme du mal Et de le préserver de l’orgueil (Job 33.17)

Par la douleur aussi l’homme est repris sur sa couche, Quand une lutte continue vient agiter ses os. (Job 33.19)

Rétribution :

[…], afin de garantir son âme de la fosse, sa vie du glaive (Job 33.18)

[…] s’approche de la fosse, et sa vie des messagers de la mort […] (Job 33.22)

Dieu a compassion de lui et dit à l’ange: Délivre-le, afin qu’il ne descende pas dans la fosse; J’ai trouvé une rançon!  (Job 33.24)

J’ai péché, j’ai violé la justice, Et je n’ai pas été puni comme je le méritais […] (Job 33.27)

Élihu est conscient que la justice implique qu’il y ait rétribution pour la faute, sans quoi c’est la fosse.

Rançon

Dieu a compassion de lui et dit à l’ange : Délivre-le, afin qu’il ne descende pas dans la fosse; J’ai trouvé une rançon! (Job 33.24)

Sans une rançon pour expier (rachat) le péché, c’est la fosse! Il est intéressant de noter que, tout comme pour la révélation est l’initiative de Dieu tel que nous l’avons vu précédemment, c’est l’initiative de Dieu (par compassion) de trouver une rançon pour l’homme et lui épargner sa juste rétribution:

Dieu a compassion de lui et dit à l’ange : Délivre-le, afin qu’il ne descende pas dans la fosse; J’ai trouvé une rançon! (Job 33.24)

On peut se demander quel genre de rançon Élihu a en tête, considérant la révélation à laquelle il est exposé à son époque….

Justification (Job 33.26)

Il adresse à Dieu sa prière ; et Dieu lui est propice, Lui laisse voir sa face avec joie, Et lui rend son innocence. (Job 33.26)

Dans ses propos, il a déjà exprimé que la faute mérite rétribution. Maintenant, il vient affirmer que Dieu rend l’innocence (au pécheur repenti pour lequel une rançon a été trouvée…). La justification, un concept théologique, est évidente dans la théologie d’Élihu. La doctrine de la justification est une doctrine théologique TRÈS importante5. Elle est un fondement de la foi chrétienne.

Repentance (Job 33.27)

Il chante devant les hommes et dit: J’ai péché, j’ai violé la justice, Et je n’ai pas été puni comme je le méritais (Job 33.27)

Élihu exprime, en supposant les paroles de l’individu repris par Dieu, qu’il reconnait avoir fauté et être épargné de ce qu’il mérite.

Restauration (Job 33.25; Job 33.28)

Et sa chair a plus de fraîcheur qu’au premier âge, Il revient aux jours de sa jeunesse. (Job 33.25)

Dieu a délivré mon âme pour qu’elle n’entrât pas dans la fosse, Et ma vie s’épanouit à la lumière! (Job 33.28)

Dieu restaure le juste repentant.

En résumé

Nous l’avons mentionné au début, Élihu a une théologie très élaborée, surtout quand on considère la révélation progressive que la Bible nous révèle et à laquelle il n’a pas eu accès, vu l’époque où il a vécu. Elle contient de nombreuses similitudes avec la théologie biblique. Il est normal de s’interroger, à la lumière de sa théologie, s’il s’agit d’une bonne théologie. La dernière fois, après l’analyse, j’ai affirmé que la théologie d’Élihu, comme celle des trois amis, était une théologie de la rétribution. Elle se résume ainsi : « la souffrance est pour ceux qui pèchent et ceux qui souffrent ont nécessairement péché… »6. Élihu, tout comme les trois amis, s’attend que l’homme juste soit béni. D’ailleurs, Job s’attend à la même chose, bien qu’il sache que ce n’est pas toujours le cas. Son cas en est un exemple assez évident pour lui. Le problème se situe plutôt dans les détails…

La souffrance du juste crée une antithèse quand on a une théologie de la rétribution. C’est un sujet particulièrement présent dans la littérature de sagesse du Proche-Orient ancien. Étant donné qu’on s’attend à ce que le juste soit béni, on parvient mal à expliquer pourquoi il souffre autrement qu’en lui attribuant une faute. On retrouve cela dans de multiples récits du Proche-Orient ancien. Soyons francs : nous avons tendance à penser la même chose.

La nécessité d’une rançon ne vient pas que d’une ou plusieurs fautes en particulier, mais de la condamnation qui pèse sur la création depuis la chute. Il n’y a pas de juste, pas même un seul. Personne ne l’est! (Psaumes 14.3; Romains 3.10) Personne ne mérite de bénédiction; nous méritons, au contraire, la condamnation et la malédiction. La bénédiction n’est pas un dû : il s’agit d’une grâce. Le livre de Job vient corriger cette façon que nous avons de penser.

Une théologie de la gloire…

La théologie de la rétribution n’est en réalité qu’une théologie de la gloire. Une théologie de la gloire, c’est quoi? C’est exactement l’opposé de la théologie de la croix. Bon! J’avoue, je n’ai pas vraiment répondu! Essayons de faire sortir le chat du sac… Dernièrement, j’assistais à une rencontre avec un pasteur. Notre rencontre avait lieu juste avant une soirée de louanges à laquelle j’ai ensuite assisté. Lors de cette soirée, un petit enseignement était apporté. Dans celui-ci, le pasteur a demandé : « Quand en voulons-nous le plus à Dieu? Quand sommes-nous le plus en colère après lui? » La réponse était celle-ci : lorsque nous avons tout fait correctement et que nous subissons quelque chose d’injuste. Il avait bien trop raison. Lorsque nous faisons le bien, nous nous attendons à récolter du bien, pas la souffrance ou une injustice, l’épreuve. Nous avons tous tendance à considérer injuste de vivre des difficultés alors que nous n’avions rien fait pour le « mériter ». Nous considérons mériter le contraire ! À nos propres yeux, nous considérons mériter mieux. Vous voyez où je m’en vais ?

Dans le livre de Job, en cherchant à démontrer à Job que sa souffrance implique une faute, les trois amis et Élihu font de la souffrance d’un individu la conséquence absolue d’un péché individuel. La théologie de la rétribution fait ressortir ainsi, ce à quoi elle croit être en droit de s’attendre : « L’homme, lorsqu’il est droit, MÉRITE la bénédiction. » Le problème avec la théologie des trois amis et celle d’Élihu, c’est que leur théologie, bien qu’elle contienne de grandes similitudes avec la théologie biblique et qu’elle reconnaisse que tous les hommes ont péché, continue à considérer que l’homme mérite la bénédiction en étant juste.  Bien sûr, dans une théologie de la gloire, la grâce de Dieu intervient. Il fournit la rançon, il est l’initiateur de la révélation, mais c’est pour le ramener dans le droit chemin, son chemin! Dieu intervient pour le garder dans la voie et le préserver de s’en égarer afin qu’il obtienne ce qu’il « mérite », parce qu’il est un juste. Le fond demeure le même : elle suppose que l’homme juste MÉRITE la bénédiction.

La théologie de la croix

Il n’y a pas de mérite à tirer de notre obéissance au maître.

Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites: Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire. (Luc 17.10)

La bénédiction n’est pas un dû : il s’agit d’une grâce. Personne ne mérite de bénédiction. Nous méritons, au contraire, la condamnation et la malédiction. Dieu n’a aucune obligation de nous bénir parce que nous lui obéissons. Nous avons tous une tendance naturelle à glisser vers la théologie de la gloire, c’est pourquoi il est très important de bien comprendre la théologie de la croix. Une théologie de la gloire cherche la gloire de l’homme, à l’élever. Elle joue avec des nuances pour parvenir à la justifier bibliquement. Regardons un exemple d’une théologie de la gloire, pour saisir la différence.

La théologie de la rédemption, par exemple (une forme de théologie de la gloire que l’on retrouve dans le catholicisme et qui se retrouve dans plusieurs milieux protestants), s’attarde à dire que l’homme nouveau a retrouvé son état d’avant la chute, son état originel. On met l’accent sur ce à quoi l’homme était destiné. On dit qu’il était destiné à la gloire. On insiste sur sa ressemblance à l’image de Dieu. On le justifie en disant que l’homme originel était exempté de la malédiction qui pèse désormais sur la création. Il n’y avait en effet ni souffrance, ni malédiction, ni mort. De cette manière, on dit donc que c’est à la bénédiction qu’il était destiné… La rédemption sert finalement à le glorifier, lui. Il est une nouvelle créature après tout… Il devrait donc en être exempté de la malédiction et recevoir ce qu’il mérite : la bénédiction.

Est-ce exact? L’homme méritait-il la bénédiction avant la chute? La bénédiction était un dû ou une grâce? Il s’agissait d’une grâce! La bénédiction n’a jamais été un dû. Qu’a fait l’homme dans son état originel? Il a cherché à s’élever à la place de Dieu au lieu de reconnaître la grâce de Dieu envers lui! L’homme ne mérite absolument pas la bénédiction! En fait, l’homme déchu mérite la condamnation! L’homme originel ne méritait pas non plus la bénédiction. Il jouissait d’une pure grâce et il s’est rendu condamnable en cherchant à s’élever à la place de Dieu.

On entend souvent que le christianisme est l’opposé de toutes les religions du monde. Pourquoi dit-on cela? Toutes les religions du monde ont en commun que l’homme cherche la justification par ses propres moyens : par ses œuvres ou par la maîtrise de son soi intérieur. C’est lui qui fait ce qu’il faut pour se rendre à Dieu. La croix manifeste exactement le contraire. C’est Dieu qui s’est abaissé jusqu’à nous afin que nous puissions nous rendre auprès de lui! Il est très important de garder à l’esprit que nous ne le méritions absolument pas. Ce qui s’est passé à la croix expose la profondeur du désespoir qu’est notre esclavage du péché.

La croix

Dans son message, la semaine dernière, Daniel nous a parlé de la croix. Il nous disait : la croix de Christ glorifie Dieu. Elle manifeste :

  • La justice de Dieu;
  • L’amour de Dieu;
  • L’autorité de Dieu;
  • L’humilité de Dieu;
  • La fidélité de Dieu;
  • La puissance de Dieu, par la résurrection de Christ.

La théologie de la croix glorifie Dieu. Christ était déjà dans la gloire.

Je t’ai glorifié sur la terre, j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donné à faire. Et maintenant toi, Père, glorifie-moi auprès de toi-même de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût. (Jean 17.5)

La Parole nous rapporte qu’il était égal à Dieu. Christ, qui avait déjà la gloire, lui qui était égal avec Dieu (Jean 17.5; Philippiens 2.9; Michée 5.2), n’a pas cherché à conserver sa gloire…

[…] lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; et ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. (Philippiens 2.6-8)

Il n’a pas lutté pour ne pas s’en départir : il s’en est plutôt dépouillé, lui-même. Il s’est humilié en prenant la forme d’une de ses créatures. Hébreux 2.9 nous rapporte qu’il s’est abaissé aux dessous des anges! Comme si ce n’était pas suffisant, il s’est abaissé en devenant un simple homme. L’homme, sa créature déchue et qui a cherché à s’élever à sa place! Comme si ce n’était pas suffisant, il a paru comme un homme méprisé et abandonné de tous qu’on a mis à mort! Christ s’est livré lui-même par amour.

Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. (Jean 15.13)

À peine mourrait-on pour un juste; quelqu’un peut-être mourrait-il pour un homme de bien. Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous… (Romains 5.7)

Christ a-t-il cherché ce qu’il méritait à la croix? La croix était-elle ce qu’il méritait? Bien sûr que non : c’est nous qui le méritions! C’est Christ qui l’a subi pour ceux qui croient. Le modèle que nous sommes exhortés à suivre, c’est celui de Christ. Christ s’est abaissé. Nous sommes appelés à nous abaisser également.

Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. (Matthieu 16.24; Matthieu 8.34; Matthieu 10.38; Luc 14.27)

Paul a suivi l’exemple. Il exprime à plusieurs reprises :

Je vous en conjure donc, soyez mes imitateurs. (1 Corinthiens 4.16)

Il ajoute plus loin :

Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Christ. (1 Corinthiens 11.1)

Dans son épître aux Philippiens, il le mentionne à deux reprises :

Soyez tous mes imitateurs, frères, et portez les regards sur ceux qui marchent selon le modèle que vous avez en nous. (Philippiens 3.17)

Ce que vous avez appris, reçu et entendu de moi, et ce que vous avez vu en moi, pratiquez-le. Et le Dieu de paix sera avec vous. (Philippiens 4.9)

Christ s’est dépouillé. Il s’est fait serviteur. Il n’a pas cherché la gloire : il s’en est dépouillé lui-même. Nous, nous voulons la gloire sans nous charger de notre croix! S’il y a quelqu’un qui mérite la gloire, ce n’est pas nous. Nous devons nous rappeler, chaque fois que nous cherchons à nous élever, que Dieu a été glorifié par le sacrifice de Christ à la croix. C’est ce chemin que nous sommes appelés à suivre. Lorsque nous faisons le contraire, nous perdons de vue ce que la croix témoigne…

Le nom de Christ a été élevé au-dessus de tout nom suite à son sacrifice à la croix. Nous sommes appelés à le suivre sur ce chemin de l’abaissement qui glorifie Dieu. La couronne de gloire, nous l’aurons dans les cieux (1 Pierre 1.4; 1 Pierre 5.4). Cessons donc de chercher à l’avoir en s’élevant vers Dieu et suivons le modèle que nous avons reçu : abaissons-nous par amour pour Dieu et par amour pour nos prochains, afin de les conduire à la repentance et que Dieu soit glorifié par notre abaissement.

« Ainsi le croyant est poursuivi par l’adversité non pas malgré, mais à cause de sa conduite irréprochable. » Job, J.M. Nicole, p. 32

Application : Notre propre théologie

Qu’on le veuille ou non, c’est profondément ancré dans notre nature de chercher à s’élever. Ça conduit à de nombreuses fausses théologies. Le représentant le plus connu de la fausse théologie : le légaliste. C’est celui qu’on croit reconnaitre le mieux. Malheureusement, souvent il est confondu. Gerhard O. Forde exprime dans son livre sur le sujet de la théologie de la croix :

« […] une théologie de la Croix est inévitablement assez polémique. Elle cherche constamment à découvrir et à exposer les façons dont les pécheurs cachent leurs perfidies derrière des façades pieuses. Ce qui est délicat à ce sujet est qu’elle [la théologie de la croix] attaque le meilleur que nous ayons à offrir, pas le pire. »7

Le légaliste

Celui qui cherche à obéir au maître par amour et non pour sa justification n’est pas un légaliste. Le légaliste est celui qui cherche à obéir à la loi afin de mériter son salut. Il cherche à se rendre juste à ses propres yeux. Il tire sa gloire de sa capacité à observer la loi, de ses « réussites ». Il s’élève au-dessus des autres et juge ceux qui n’en font pas autant. La célèbre parabole du fils prodigue nous le dépeint. Le frère ainé lui, il le mérite! Il s’irrite parce que le frère plus jeune, qui a mal agi, est accueilli après avoir tout fait de travers et s’être repenti. Il considère qu’il ne le mérite pas à l’encontre de lui. Cette parabole dépeint très bien l’attitude du légaliste. Il considère mériter le royaume et méprise celui qui ne le mérite pas. Malheureusement, il s’agit d’un mépris de la croix… Il méprise la grâce de Dieu manifestée à la croix. Il croit mériter la grâce et que l’autre ne la mérite pas. S’il reconnaissait vraiment ce qu’est la croix, il reconnaitrait qu’il ne mérite rien. Il se réjouirait de voir un pécheur repentant se présenter au pied de la croix et confesser son péché. Il s’attristerait de voir une personne se livrer au péché. Comment pourrait-il se glorifier de toute façon? Il est lui-même incapable de faire ce qui est bien si ce n’était par la grâce de Dieu.

Car je ne sais pas ce que je fais: je ne fais point ce que je veux, et je fais ce que je hais. […] Ce qui est bon, je le sais, n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans ma chair: j’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien. […] Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. Et si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui le fais, c’est le péché qui habite en moi. Je trouve donc en moi cette loi: quand je veux faire le bien, le mal est attaché à moi. Car je prends plaisir à la loi de Dieu, selon l’homme intérieur; mais je vois dans mes membres une autre loi, qui lutte contre la loi de mon entendement, et qui me rend captif de la loi du péché, qui est dans mes membres. Misérable que je suis! Qui me délivrera du corps de cette mort? […] (Romains 7.15; Romains 7.18-24)

Notre volonté et nos bonnes œuvres viennent de Dieu. C’est lui qui le produit en nous et nous en donne la volonté et la capacité (Philippiens 2.13; Hébreux 13.21).

[…] c’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir (Philippiens 2.13)

[Que Dieu…] vous rende capables de toute bonne oeuvre pour l’accomplissement de sa volonté, et fasse en vous ce qui lui est agréable […] (Hébreux 13.21)

C’est dire la profondeur de notre désespoir sans la grâce de Dieu! Il n’y a donc aucune raison de se glorifier. Même l’obéissance à la loi de Dieu vient de lui! « La loi n’a pas pour objectif de nous isoler de Dieu dans notre indépendance et notre fierté, mais d’exposer notre besoin de Dieu et de sa grâce. »8 Se glorifier de l’obéissance à Dieu n’est pas le symptôme d’une bonne compréhension de ce qu’y s’est accompli à la croix. C’est même mépriser la grâce de Dieu envers le pécheur que nous sommes êtes.

L’antinomiste

De l’autre côté du spectre, on retrouve l’antinomiste. Ce dernier est malheureusement moins connu, mais tout aussi présent, je pense même qu’il l’ait davantage… Généralement, il qualifie de légaliste tous les chrétiens qui cherchent à obéir à Dieu! Lui, il ne reconnait pas non plus ce qu’il mérite. Il se dit qu’il n’est plus sous la loi. Il a la pleine liberté en Christ. Il est libre de la loi, mais c’est une torsion du texte. Le péché, c’est la transgression de la loi (1 Jean 3.4). Le même apôtre dont il utilise les propos pour se dire qu’il n’est plus sous la loi dit :

Quoi donc! Pécherions-nous, parce que nous sommes, non sous la loi, mais sous la grâce? Loin de là! (Romains 6.15)

La loi est bonne, pourvu qu’on en fasse le bon usage. (Romains 7.12; Romains 7.16; 1 Timothée 1.18)

La loi donc est sainte, et le commandement est saint, juste et bon. (Romains 7.12)

Le bon usage n’est pas d’y chercher la justification, c’est de nous conduire au pied de la croix. Ce n’est pas non plus d’y désobéir allègrement! En fait, l’apôtre nous dit que celui qui se livre à l’esclavage du péché, qui est la transgression de la loi, c’est à la mort que nous nous livrons! L’antinomiste court vers la condamnation.

Ne savez-vous pas qu’en vous livrant à quelqu’un comme esclaves pour lui obéir, vous êtes esclaves de celui à qui vous obéissez, soit du péché qui conduit à la mort, soit de l’obéissance qui conduit à la justice? (Romains 6.16)

C’est de la condamnation que faisait peser la loi sur nous dont nous sommes libres, pas de pécher!

Que dirons-nous donc ? Demeurerions-nous dans le péché, afin que la grâce abonde? (Romains 6.1)

Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ (Romains 8.1)

Juste avant, l’apôtre nous dit :

Car le péché n’aura point de pouvoir sur vous, puisque vous êtes, non sous la loi, mais sous la grâce. (Romains 6.14)

Regardons maintenant ce à quoi être affranchi au péché devrait conduire. C’est celui qui est affranchi du péché qui n’est pas sous la condamnation de la loi. L’esclavage du péché rend notre volonté captive de la chair. Il nous fait captif de la volonté de notre chair et de nos pensées.  Ce sont ses envies que l’esclave du péché cherche à satisfaire.

Vous étiez morts par vos offenses et par vos péchés, dans lesquels vous marchiez autrefois, selon le train de ce monde, selon le prince de la puissance de l’air, de l’esprit qui agit maintenant dans les fils de la rébellion. Nous tous aussi, nous étions de leur nombre, et nous vivions autrefois selon les convoitises de notre chair, accomplissant les volontés de la chair et de nos pensées, et nous étions par nature des enfants de colère, comme les autres […] (Éphésiens 2.1-3)

Faites donc mourir les membres qui sont sur la terre, l’impudicité, l’impureté, les passions, les mauvais désirs, et la cupidité, qui est une idolâtrie. C’est à cause de ces choses que la colère de Dieu vient sur les fils de la rébellion, parmi lesquels vous marchiez autrefois, lorsque vous viviez dans ces péchés. (Colossiens 3.57)

Que l’impudicité, qu’aucune espèce d’impureté, et que la cupidité, ne soient pas même nommées parmi vous, ainsi qu’il convient à des saints. Qu’on n’entende ni paroles déshonnêtes, ni propos insensés, ni plaisanteries, choses qui sont contraires à la bienséance; qu’on entende plutôt des actions de grâces. Car, sachez-le bien, aucun impudique, ou impur, ou cupide, c’est-à-dire, idolâtre, n’a d’héritage dans le royaume de Christ et de Dieu. Que personne ne vous séduise par de vains discours; car c’est à cause de ces choses que la colère de Dieu vient sur les fils de la rébellion. N’ayez donc aucune part avec eux. Autrefois vous étiez ténèbres, et maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Marchez comme des enfants de lumière! Car le fruit de la lumière consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité. (Éphésiens 5.3-9)

L’antinomiste se décharge de la loi pour pouvoir vivre selon la chair. Il cherche à satisfaire les désirs de sa chair. La volonté de Dieu n’est pas de satisfaire les désirs de notre chair. Bien qu’il se réjouisse de nous bénir, les désirs de notre chair sont inimités contre Dieu. (Romains 8.7; Galates 5.17)

La théologie de la prospérité

L’évangile de prospérité est une théologie de la gloire qui découle d’une très mauvaise théologie de la croix. Elle est de la même nature que l’antinomisme. Elle cherche à combler les désirs de la chair. Lorsque les individus n’y parviennent pas, on en vient rapidement à l’inverse en disant que si la personne n’y parvient pas, c’est qu’elle manque de foi. On cherche alors à « développer » sa foi, afin d’obtenir ce qui « appartient » au « chrétien ».  On cherche à prendre le contrôle et atteindre ce qu’on croit mériter. Elle découle :

  1. d’une mauvaise compréhension de l’évangile;
  2. d’un désir de satisfaire les désirs de la chair, et ainsi s’accaparer ce qu’elle désire, c’est-à-dire des « bénédictions » (prospérité, richesse, bien-être, etc);
  3. d’un désir de changer le mal en bien pour satisfaire notre propre volonté, donc de se faire Dieu, c’est-à-dire faire des désirs de la chair quelque chose qui est bien.

Elle repose sur une mauvaise théologie et ironiquement, cherchant la satisfaction, tout ce qu’elle offre finalement c’est la déception, soit dans cette vie, soit dans l’autre.

La pensée positive

La pensée positive n’est pas l’Évangile. En fait, la pensée positive est une fausse représentation de l’évangile. Elle présente également des similitudes avec la Parole, mais le fond demeure le même. Elle enseigne à l’homme qu’il peut prendre le contrôle de sa vie avec le « pouvoir » de sa pensée. C’est en cultivant sa pensée qu’il peut s’élever et obtenir les bénédictions auquel il aspire. Dans ce cas, plutôt que les bénédictions financières, on recherche le bonheur. 

C’est là ce qui fait votre joie, quoique maintenant, puisqu’il le faut, vous soyez attristés pour un peu de temps par diverses épreuves, afin que l’épreuve de votre foi, plus précieuse que l’or périssable qui cependant est éprouvé par le feu, ait pour résultat la louange, la gloire et l’honneur, lorsque Jésus-Christ apparaîtra […] (1 Pierre 1.6-7)

C’est pourquoi, ceignez les reins de votre entendement, soyez sobres, et ayez une entière espérance dans la grâce qui vous sera apportée, lorsque Jésus-Christ apparaîtra. (1 Pierre 1.13)

Mais si quelqu’un souffre comme chrétien, qu’il n’en ait point honte, et que plutôt il glorifie Dieu à cause de ce nom. (1 Pierre 4.15-16)

Réjouissez-vous en espérance. Soyez patients dans l’affliction. Persévérez dans la prière. (Romains 12.12)

Écoutez, mes frères bien-aimés: Dieu n’a-t-il pas choisi les pauvres aux yeux du monde, pour qu’ils soient riches en la foi, et héritiers du royaume qu’il a promis à ceux qui l’aiment? (Jacques 1.2)

La pensée positive vient tout droit de l’ésotérisme et n’a rien à voir avec l’Évangile.9 Elle cherche également à répondre à la souffrance. L’homme croit mériter autre chose. Les chrétiens ne sont pas exempts de ces attentes de satisfaire leur chair. Il faut être prudent, car elle utilise souvent le langage de la Parole pour se justifier dans nos milieux.

Hugo Lacasse
21 octobre 2018


 

1 Des objections m’ont été présentées. Le temps dont nous disposons pour la prédication ne permettant pas de les traiter, elles sont présentées et analysées à l’annexe 2.

2 Voir le point « Se garder d’improviser et de tirer des conclusions » et « L’initiative de Dieu : il traite alliance avec l’homme » de la présentation précédente.

3 Une corrélation est une relation entre deux notions dont une ne peut être pensée sans l’autre, entre deux faits liés par une dépendance nécessaire. Ici, ça impliquerait qu’à chaque fois qu’une personne souffre, elle a commis une faute… (En statistique, il s’agirait d’une corrélation avec un coefficient de 100% et qui démontrerait que l’épreuve est toujours le résultat d’une faute individuelle.) C’est précisément au concept de justice rétributive, très présent dans la littérature sapientale du Proche Orient ancien sous le thème du « juste souffrant », que le livre de Job s’oppose.

La persécution pour le royaume de Dieu (Matthieu 5.10-11) ne se limite pas à subir des outrages des autres, mais également à l’aspect spirituel (2 Corinthiens 12.7-9; 1 Pierre 5.8-9; Jacques 5.11; Jacques 5.15-16; Apocalypse 12.17).

Le lecteur est invité à s’initier au sujet, la doctrine de la justification, avec la présentation écrite par Pascal Denault, sur le blog de Guillaume Bourrin, à l’adresse suivante : http://leboncombat.fr/doctrine-justification/

T. LONGMAN, Baker Commentary on the Old Testament – Job, Baker Academic, 2012, p. 324

G. O. Forde, On Being a Theologian of the Cross; Reflections on Luther’s Heidelberg Disputation, version numérique sans pagination, traduction libre

Ibid.

Dans le dernier siècle, la pensée positive a connu de nombreux développements dans les milieux évangéliques.

Hugo Lacasse

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