Le discours d’Élihu, partie 1 – Job 33.14-33

« D’une certaine manière, Élihu n’a pas une théologie qui est entièrement erronée. Il est vrai que tous ont péché. Il est fort possible que Job se soit éloigné de Dieu dans l’abondance et qu’il ait péché. C’est une attitude que l’homme peut avoir. […] Il est également vrai que Dieu utilise la souffrance pour ramener ceux qui se sont éloignés de lui. […] Cependant, sa théologie est improvisée. Même s’ils paraissent sages, les propos d’Élihu se rangent du même côté que ceux des trois amis. Il reprend exactement la même théologie de la rétribution que les trois amis. »

 

Le contexte du livre

L’histoire de Job est une œuvre littéraire magistrale. Le thème principal du livre est la souffrance du juste et il permet de nous instruire sur Dieu et sa justice. Le problème de la souffrance chez les justes est un thème très présent dans la littérature sapientiale (littérature de sagesse) du Proche-Orient. Le livre présente une structure dans la narration (discours des personnages et la mise en situation par le narrateur). La construction narrative doit être prise en compte dans l’étude du texte pour l’interpréter correctement. Un verset ou un ensemble de versets isolé de leur contexte pourrait facilement servir à faire dire ce qu’elle n’enseigne pas vraiment.

Le plan du livre

Le livre débute avec un prologue qui introduit les personnages et le sujet du livre, l’épreuve de Job.

Dans le contexte, nous voyons que Job est un homme assez riche pour son époque (Job 1.3). Aujourd’hui, un homme qui posséderait 7000 brebis, 3000 chameaux et 500 paires de bœufs serait quelqu’un d’assez bien nanti. Le texte mentionne « Il était le plus considérable des fils de l’Orient » (Job 1.3) ce qui n’est pas surprenant vu ce qu’il possédait. Pour ce qui est de la localisation, les fils d’Orient sont les habitants des régions de l’est d’Israël  et c’est donc la région d’origine de Job.

Le livre suit un plan qui correspond environ à celui-ci (voir Annexe 1) chez la plupart des exégètes, avec quelques variations de peu d’importance.

Le prologue présente le contexte du récit sans lequel il serait difficile de bien comprendre le récit de Job : Satan vient se présenter devant L’Éternel et il y a un dialogue entre les deux. Dieu présente son serviteur, qui est intègre et droit (Job 1.8) et Satan met en doute sa fidélité. Selon lui, Job serait fidèle seulement à cause que Dieu le bénit (Job 1.9-10). L’Éternel permet donc à Satan de s’en prendre à ce qui lui appartient. Satan s’exécute et Job perd tout (Job 1.13-17), incluant ses enfants (Job 1.18-19). En revanche, contrairement aux prétentions de Satan, il demeure fidèle (Job 1.20-22). Satan se présente à nouveau devant l’Éternel. L’Éternel lui parle encore de Job et lui parle de sa persévérance dans l’intégrité malgré l’épreuve. Satan met encore en doute la fidélité de Job et le Seigneur lui permet, cette fois-ci, de s’en prendre à sa santé, mais il ne lui permet pas de porter atteinte à sa vie (Job 2.1-7). Satan s’exécute et frappe Job d’un ulcère malin de la tête aux pieds (Job 2.7-8). On peut difficilement s’imaginer le désespoir de Job dans ces circonstances. Après la perte de ses possessions, il perd ses enfants et ensuite la santé. Même sa femme l’encourage à maudire Dieu (Job 2.9). La fin du verset 10 nous confirme que Job ne pécha pas dans tout ce qui venait de se passer.

À la suite du prologue, au chapitre 2, des versets 11 à 13, on voit l’arrivée de ses amis Éliphaz, Bildad et Tsophar, au chapitre verset 11 à 13. Notons ici qu’Élihu n’est pas mentionné et que nous n’en entendrons pas parler avant le chapitre 32. Donc, pour faire suite à l’arrivée de ses amis, Job exprime ensuite ses plaintes (Job 3). Il s’en suit une série de discours de ses trois amis et une réponse Job à chacun des discours, du chapitre 4 au chapitre 26. Ensuite, Job entreprend un assez long monologue (Job 27-32). C’est à la suite de ce monologue qu’Élihu, l’auteur des propos que nous étudions, s’exprime (Job 32-37).

Finalement, à la fin de tous ces discours, l’Éternel se manifeste et s’adresse à Job (Job 38-41). Job reconnait ensuite avoir parlé de chose qui le dépassait et se repent (Job 42.1-6).

Ensuite vient l’épilogue. Cette dans section que nous trouvons de l’information d’une grande importance pour étudier les propos des personnages. On y découvre que les paroles de Job ont été droites aux yeux de l’Éternel (Job 42.7-8) et qu’au contraire, celle des trois amis n’ont pas été droite.  Dieu est en colère contre les amis. Il s’adresse à Éliphaz et lui dit d’aller avec ses deux amis présenter un holocauste à l’Éternel et que Job prie pour eux. Cette section est fondamentale pour interpréter les discours des trois amis dans le livre. On sait maintenant, grâce au texte, que dans la perspective de Dieu, les discours des trois n’ont pas été droits.

Pour ce qui est d’Élihu par contre, le passage ne donne pas la moindre information. À plusieurs reprises, j’ai eu l’occasion d’entendre, sous différente forme, la réflexion suivante : « Dieu est en accord avec les paroles d’Élihu : Il n’est pas mentionné par l’Éternel lorsqu’il fait ses reproches aux trois amis. L’Éternel est donc en d’accord avec ce qu’il a dit. ». Comme nous aurons l’occasion de voir, une telle conclusion est un peu trop simpliste et repose sur une mauvaise base et elle contribue à donner du crédit aux paroles d’Élihu, comme s’il s’agissait de vérité divine. Dieu pourrait également s’abstenir de mentionner Élihu parce qu’il a l’intention de lui faire subir le châtiment qu’il compte épargner aux trois amis. Il se pourrait aussi que puisqu’Élihu est plus jeune qu’eux tous (Job 32.4; Job 32.7; Job 32.9), ce soit à cause de son insignifiance… On ne peut donc pas tirer une conclusion aussi simple sans y regarder davantage. Pour savoir quoi penser des propos d’Élihu, nous devons donc les analyser à la lumière des informations que nous détenons. Pour y parvenir, il serait bienvenu de comparer ses paroles à celle des autres personnages, Job et des amis. Nous serons donc en mesure de savoir si elles sont droites ou non en les comparant à celle que l’on sait être droite ou non. Nous devons, lorsque nous étudions la Parole de Dieu, être sérieux dans notre manière d’aborder la parole de Dieu et apprendre à discerner ce qu’elle nous enseigne réellement en tenant compte du contexte. Autrement, nous pourrions leur faire dire n’importe quoi, voir même accorder du crédit aux paroles de Satan ou d’autres personnages et enseigner des mensonges. Une lecture attentive du contexte s’impose.

Enfin, l’épilogue (Job 42.7-17) conclut le livre et on y découvre que l’Éternel a restauré Job et lui a accordé davantage de bénédictions qu’auparavant.

Le discours d’Élihu

Comme nous venons de voir, dans le texte que nous abordons, nous devons déterminer dans quelle catégorie s’inscrivent les propos d’Élihu. Nous regarderons donc les échanges des trois amis en réponse à Job. Ça nous permettra de voir ce que soutiennent ceux-ci et Job.

Les propos de Job et des trois amis

Job

On sait déjà, grâce à l’épilogue, que Job n’a rien fait qui ait suscité l’épreuve qu’il subit. Job sait également qu’il est innocent dans cette affaire. Il l’exprime à plusieurs reprises :

Jamais je n’ai transgressé les ordres du Saint. (Job 6.10)

Il le répète tout au long du livre (par exemple, Job 6.24; Job 7.20; Job 10.7). Il ne prétend pas non plus être juste devant Dieu :

Je sais bien qu’il en est ainsi ; comment l’homme serait-il juste devant Dieu ? (Job 9.2)

Il est abattu et c’est totalement normal! Qui ne le serait pas dans pareille situation? Il est en opposition avec ces amis :

Je veux plaider ma cause devant Dieu; Car vous, vous n’imaginez que des faussetés » (Job 13.4)

Les trois amis

Tout au long du livre, nous voyons les trois amis de Job, Eliphaz, Bildad et Schuach présenter des discours dans lesquels ils proclament une théologie de la rétribution. La théologie de la rétribution se résume ainsi : « la souffrance est pour ceux qui pèchent et ceux qui souffrent sont nécessairement pécheurs …». Pour les amis, Dieu est un Dieu de rétribution. C’est un principe enseigné couramment en Israël :

L’Éternel m’a traité selon ma droiture, Il m’a rendu selon la pureté de mes mains ; Car j’ai observé les voies de l’Éternel, Et je n’ai point été coupable envers mon Dieu. Toutes ses ordonnances ont été devant moi, Et je ne me suis point écarté de ses lois. J’ai été sans reproche envers lui, Et je me suis tenu en garde contre mon iniquité. Aussi l’Éternel m’a rendu selon ma droiture, Selon la pureté de mes mains devant ses yeux. Avec celui qui est bon tu te montres bon, Avec l’homme droit tu agis selon la droiture, Avec celui qui est pur tu te montres pur, Et avec le pervers tu agis selon sa perversité. (Psaumes 18.21-27)

Les amis de Job construisent leur théologie sur ce principe :

Cherche dans ton souvenir : quel est l’innocent qui a péri ? Quels sont les justes qui ont été exterminés ? Pour moi, je l’ai vu, ceux qui labourent l’iniquité Et qui sèment l’injustice en moissonnent les fruits ; (Job 4.7-8)

Pour toi, dirige ton coeur vers Dieu, Étends vers lui tes mains, Éloigne-toi de l’iniquité, Et ne laisse pas habiter l’injustice sous ta tente. Alors tu lèveras ton front sans tache, Tu seras ferme et sans crainte ; Tu oublieras tes souffrances, Tu t’en souviendras comme des eaux écoulées. (Job 11.13-16)

Pour eux, Dieu n’agit pas ainsi à l’égard des hommes droits :

Dieu renverserait-il le droit? Le Tout-Puissant renverserait-il la justice? Si tes fils ont péché contre lui, Il les a livrés à leur péché. Mais toi, si tu as recours à Dieu, Si tu implores le Tout-Puissant; Si tu es juste et droit, Certainement alors il veillera sur toi et rendra le bonheur à ton innocente demeure. Ton ancienne prospérité […] (Job 8.3-7).

Job vs les trois amis

Job a réfuté le fait que ses souffrances soient le résultat de son péché à maintes reprises (Job 6.10; Job 6.24; Job 6.30 ; Job 9.21-23; Job 9.35 ; Job 19.28 ; Job 31.1-6). Nous dénotons donc une apparente contradiction entre le discours des amis et celui de Job. Cette contradiction devient d’autant plus sans équivoque, alors qu’elle prend un appui incontestable dans les propos de l’Éternel lui-même.

Élihu vs Job

Élihu, lui, est enflammé que personne n’ait trouvé à répondre aux propos de Job et qu’il le condamne néanmoins (Job 32.3). Il n’envisage pas se contenir.

Je vous ai donné toute mon attention ; Et voici, aucun de vous ne l’a convaincu, Aucun n’a réfuté ses paroles. Ne dites pas cependant : En lui nous avons trouvé la sagesse ; C’est Dieu qui peut le confondre, ce n’est pas un homme ! (Job 32.12-13)

Mon intérieur est comme un vin qui n’a pas d’issue, Comme des outres neuves qui vont éclater. Je parlerai pour respirer à l’aise […] (Job 32.19-20)

Il trouve que les propos de Job sont condamnables :

Imagines-tu avoir raison, Penses-tu te justifier devant Dieu, Quand tu dis : Que me sert-il, Que me revient-il de ne pas pécher ? (Job 35.2)

Élihu : ce que Job affirme

[…], Mais tu as dit à mes oreilles, Et j’ai entendu le son de tes paroles: Je suis pur, je suis sans péché, Je suis net, il n’y a point en moi d’iniquité. Et Dieu trouve contre moi des motifs de haine, Il me traite comme son ennemi; Il met mes pieds dans les ceps, Il surveille tous mes mouvements. Je te répondrai qu’en cela tu n’as pas raison, Car Dieu est plus grand que l’homme. Veux-tu donc disputer avec lui, Parce qu’il ne rend aucun compte de ses actes? (Job 33.8-13)

L’objectif d’Élihu dans le texte qui suit est de démontrer à Job qu’il a tort dans ses propos. Une lecture rapide pourrait suggérer qu’il a raison. Nul n’est sans péché.

Il n’y a point de juste, Pas même un seul; Nul n’est intelligent, Nul ne cherche Dieu (Romains 3.10-11)

[…] tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu […] (Romains 3.23)

Élihu : Dieu se révèle

Élihu affirme, à la suite des deux questions posées dans les versets précédents (Job 33.12-13), que Dieu s’exprime de plusieurs manières. Élihu donne deux exemples de ces manières dans les versets qui suivent (Job 33.15; Job 33.19).

  • Les songes
  • La souffrance

Première manière : les songes

La première manière par laquelle Élihu exprime que Dieu parle est par les songes (Job 33.15). Ceux-ci surviennent la nuit lorsque l’homme dort. Les songes sont parfois appelés des « visions nocturnes » dans les Écritures (Job 20.8; Esaïe 29.7; Daniel 7.2). Ici, Élihu reprend ici une idée exprimée plus tôt par Éliphaz (Job 4.12-13). Les songes sont, en effet, une manière dont Dieu s’est révélé à l’homme. Par exemple, on voit que Saul s’attend à avoir des songes lorsqu’il cherche une réponse de l’Éternel (1 Samuel 28.6; 1 Samuel 28.15). C’est une manière dont Dieu révélait des choses à Joseph (Genèse 37) et par laquelle il a avisé le pharaon de la famine (Genèse 41). Il a également utilisé ce moyen avec Salomon (1 Rois 3.15), Gédéon (Juges 7.13; Juges 7.15), Nebucadnestar (Daniel 2.3-45; Daniel 4.5-19; Daniel 7.1), Daniel (Daniel 7.1). Élihu a donc raison de dire que c’est une manière que Dieu utilise pour communiquer avec l’homme. Pour lui, il utilise cette manière pour avertir et instruire (Job 33.16).

Seconde manière : la souffrance

La seconde manière dont Dieu parle à l’homme est par la douleur (Job 33.19). Élihu fait également un rapprochement entre le dégout de la nourriture qui s’installe (Job 33.20) et la perte de poids qui s’ensuit (Job 33.21). L’idée du dégout de la nourriture pour ceux qui souffrent à cause de leur iniquité n’est pas étrangère au livre de Sagesse. On le voit par exemple dans le Psaume 107.17-22 :

Les insensés, par leur conduite coupable Et par leurs iniquités, s’étaient rendus malheureux. Leur âme avait en horreur toute nourriture, Et ils touchaient aux portes de la mort. Dans leur détresse, ils crièrent à l’Éternel, Et il les délivra de leurs angoisses; Il envoya sa parole et les guérit, Il les fit échapper de la fosse. Qu’ils louent l’Éternel pour sa bonté, Et pour ses merveilles en faveur des fils de l’homme! Qu’ils offrent des sacrifices d’actions de grâces, Et qu’ils publient ses oeuvres avec des cris de joie!

Ce texte n’est pas sans rappeler les propos d’Élihu. Élihu parle de la souffrance sur la couche, de la maigreur qui s’installe et du dégout de la nourriture. Job a exprimé que c’était sa situation juste avant qu’Élihu prenne la parole (Job 30.16-17) et aussi les discours précédents (Job 3.24; Job 6.6; Job 16.8; Job 19.20). Il est évident dans le contexte que ses propos concernent Job. 

La raison pour laquelle Dieu se révèle

Élihu exprime clairement que c’est dans un but salutaire que Dieu parle par songe. C’est pour :

  • détourner l’homme du mal (Job 33.17);
  • le « préserver de l’orgueil » (Job 33.17);
  • sauver son âme (Job 33.18);
  • sa vie (Job 33.18).

Les versets 23 à 25 font entrer en scène un ange « intercesseur » qui intervient dans la situation. Il indique le chemin à suivre (Job 33.23), le délivre de la fosse (Job 33.24). L’aspect conditionnel (si) de la présence d’un ange bienveillant laisse entrevoir que le dénouement exprimé ensuite (Job 33.25-28) n’arrive pas toujours.

  • La « rançon » (Job 33.24);
  • « rend son innocence » (Job 33.26);
  • « J’ai péché » (Job 33.27);
  • « j’ai violé la justice » (Job 33.27);
  • « je n’ai pas été puni comme je le méritais » (Job 33.27);
  • « Dieu a délivré mon âme de la mort […] » (Job 33.28).

Élihu exprime très clairement, dans le cas hypothétique qu’il présente, que la cause de la douleur (Job 33.19) est l’iniquité. Encore une fois, selon Élihu, la manière dont Dieu parle, dans ce cas par la souffrance, a un but salutaire. Si on résume ce qu’avance Élihu en réalité, c’est l’idée que Dieu se sert de l’épreuve pour avertir ses enfants ainsi qu’il ne succombe pas au péché (Job 33.16-18; Job 33.29-30; Job 36.15). Il le répète plus loin :

Mais Dieu sauve le malheureux dans sa misère, Et c’est par la souffrance qu’il l’avertit. (Job 36.15)

Il affirme que Dieu rend l’innocence (Job 33.26). Ce dernier confirme que la raison de sa souffrance est son péché (Job 33.27). Pour Élihu, lorsque la correction a porté les fruits escomptés : la bénédiction divine revient (Job 33.28; Job 33.30). C’est la manière que Dieu utilise pour ramener dans la bonne voie selon Élihu (Job 33.29).

Dieu a délivré mon âme pour qu’elle n’entrât pas dans la fosse, Et ma vie s’épanouit à la lumière! (Job 33.28)

Pour ramener son âme de la fosse, Pour l’éclairer de la lumière des vivants. (Job 33.30)

Élihu exprime très clairement son interprétation des manières dont Dieu agit. Il est très clair : la souffrance est une forme de discipline de la part de Dieu. Il fait des relations entre la manière dont Dieu parle pour détourner l’homme du mal et la situation de Job. On voit plus loin, sans équivoque que sa lecture de la situation condamne Job.

Job parle sans intelligence, Et ses discours manquent de raison. Qu’il continue donc à être éprouvé, Puisqu’il répond comme font les méchants ! Car il ajoute à ses fautes de nouveaux péchés ; Il bat des mains au milieu de nous, Il multiplie ses paroles contre Dieu. (Job 34.35-37)

Comme je l’ai déjà mentionné, on sait que Dieu affirme que Job a parlé droitement de Lui. Sa lecture de la situation de Job est évidente: il vit cette situation à cause de ses fautes. Sa réflexion est simple : Job n’a pas pris garde au songe, Dieu l’a repris par la souffrance. Un commentateur le fait remarquer : « Le point d’Elihu est clair: dans sa souffrance, Job a déjà reçu une claire communication divine qu’il est jugé coupable et qu’il mérite la mort! ».

Dans les versets qui suivent et terminent le passage, il est arrogant : il dit à Job de l’écouter et de se taire (Job 33.31) tout en lui disant de le contredire s’il a tort (Job 33.32). Il pousse son arrogance à dire qu’il lui enseignera la sagesse s’il ne trouve rien à répondre à ce qu’il dit. (Job 33.33) Au début de ses discours, on apprend que c’est enflammé de colère qu’Élihu entreprend ses discours et qu’il est plus jeune que les trois amis (Job 32.1-3; Job 32.4; Job 32.6-9). Il aurait peut-être dû apprendre à se taire…

Conclusion sur le discours d’Élihu

D’une certaine manière, Élihu n’a pas une théologie qui est entièrement erronée. Il est vrai que tous ont péché. Il est fort possible que Job se soit éloigné de Dieu dans l’abondance et qu’il ait péché. C’est une attitude que l’homme peut avoir. Le psalmiste exprime :

[…] Éloigne de moi la fausseté et la parole mensongère ; Ne me donne ni pauvreté, ni richesse, Accorde-moi le pain qui m’est nécessaire. De peur que, dans l’abondance, je ne te renie Et ne dise : Qui est l’Éternel ? Ou que, dans la pauvreté, je ne dérobe, Et ne m’attaque au nom de mon Dieu. (Psaume 30.8-9)

Il est également vrai que Dieu utilise la souffrance pour ramener ceux qui se sont éloignés de lui. On voit un exemple dans Osée au chapitre 5 (Osée 5.8-51) où Dieu exprime, suite à l’annonce de son jugement que son intention dans cette épreuve est qu’ils reviennent à lui :

[…] Jusqu’à ce qu’ils s’avouent coupables et cherchent ma face. Quand ils seront dans la détresse, ils auront recours à moi (Osée 5.15)

Il est vrai que nous avons la tendance à :

  • Négliger Dieu dans l’abondance;
  • Chercher Dieu lorsqu’on a besoin de secours.

Cependant, sa théologie est improvisée. Même s’ils paraissent sages, les propos d’Élihu se rangent du même côté que ceux des trois amis. Il reprend exactement la même théologie de la rétribution que les trois amis.

Il rend à l’homme selon ses œuvres, il rétribue chacun selon ses voies (Job 34.11)

Job parle sans intelligence, Et ses discours manquent de raison. Qu’il continue donc à être éprouvé, Puisqu’il répond comme font les méchants ! Car il ajoute à ses fautes de nouveaux péchés ; Il bat des mains au milieu de nous, Il multiplie ses paroles contre Dieu. (Job 34.35-37)

Nous savons avec certitude que les propos des trois amis n’ont pas été droits : c’est Dieu lui-même qui l’affirme ! (Job 42.7-8). Il propose dans la situation de Job la même théologie de la rétribution : Job souffre parce qu’il a péché. Il s’oppose lui aussi à l’innocence de Job. Nous savons désormais qu’Élihu est à considérer comme les trois amis.  La raison pour laquelle Dieu ne le mentionne pas dans l’épilogue demeure un mystère.

 

Appropriation du texte aujourd’hui

Se garder d’improviser et de tirer des conclusions

La souffrance n’est pas toujours liée au péché de l’individu :

La souffrance découle du péché en ce que le péché d’Adam et Ève a entraîné toute la création dans un désordre où se produisent les cataclysmes, les maladies en général, etc. La théologie d’Élihu est improvisée. Elle est incomplète. Il tient compte de ce qu’il sait. Nous devons prendre garde de confondre ce que nous pensons être la vérité avec ce qu’est la vérité. Voici un bel exemple pour lequel nous devons étudier la Parole !

Il y a des remèdes à ce problème :

  • Se taire : s’abstenir de dire ce qu’on pense que la Parole dit sans réellement le savoir;

Que n’avez-vous gardé le silence? Vous auriez passé pour avoir de la sagesse. (Job 13.5)

L’insensé même, quand il se tait, passe pour sage; Celui qui ferme ses lèvres est un homme intelligent. (Proverbes 17.28)

Celui qui parle beaucoup ne manque pas de pécher, Mais celui qui retient ses lèvres est un homme prudent. (Proverbes 10:19)

  • Étudier la Parole : dans les actes, nous voyons l’attitude des chrétiens : ils persévèrent dans l’enseignement des apôtres. (Actes 2.42)

Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain, et dans les prières. » (Actes 2.42)

Dieu utilise sa Parole pour départager ce qui est bon et ce qui ne l’est pas, pas des expériences sensorielles :

Car la parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles; elle juge les sentiments et les pensées du coeur. (Hébreux 4.12)

Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait (Romains 12.2)

N’est-ce pas exactement ce qu’il a fait lorsque Satan l’a tenté ? Les Paroles de Christ étaient celles du Père (Jean 12.48-50).

Des mauvaises doctrines entrainent de mauvaises pratiques

Nous devons faire attention de ne pas tomber dans une théologie de rétribution nous-mêmes. Il ne faut pas appliquer à la souffrance une condamnation et une désapprobation divine du juste.

Une mauvaise interprétation des situations auxquelles les autres et soi-même faisons face

C’est très facile de tirer ce genre de conclusion. Même s’il est vrai que la souffrance peut être liée au péché d’un individu, nous n’en savons généralement absolument rien. La Parole nous enseigne qu’il est plus sage de ne pas tirer de conclusion hâtive dans ce genre de circonstance.

Des attentes qui ne sont pas bibliques

S’attendre à ce que les besoins de l’homme que l’on confond avec les désirs de celui-ci soient comblés. Il cherchera alors à combler ses désirs comme il croit que la Parole lui enseigne et que Dieu lui doit. Son bonheur reposera sur sa santé, ses richesses, ses activités ou toutes autres choses que son cœur désire, mais pas en Christ. Modifier l’espérance chrétienne ainsi ne peut qu’apporter la déception.

Une interprétation biblique de la situation

La chute en Éden :

  • La malédiction et la condamnation : nul ne saurait être trouvé juste…

La Parole nous renseigne à savoir que tous sont pécheurs (Romains 3.12; Romains 3.19; Romains 3.23)

  • La création soumise à la malédiction

Le sol est maudit (Genèse 3.17; Genèse 5.29)

L’initiative de Dieu : il traite alliance avec l’homme :

  • L’Ancienne Alliance

L’Éternel a traité alliance avec son peuple. Il lui a promis la vie s’il obéissait à ces lois (Deutéronome 6.24-25; Lévitique 18.5).

L’Eternel nous a commandé de mettre en pratique toutes ces lois, et de craindre l’Eternel, notre Dieu, afin que nous fussions toujours heureux, et qu’il nous conservât la vie, comme il le fait aujourd’hui. Nous aurons la justice en partage, si nous mettons soigneusement en pratique tous ces commandements devant l’Eternel, notre Dieu, comme il nous l’a ordonné (Deutéronome 6.24-25)

Vous observerez mes lois et mes ordonnances: l’homme qui les mettra en pratique vivra par elles. Je suis l’Eternel. (Lévitique 18:5)

L’homme est incapable d’obéir à la loi de l’Éternel. Pas même un seul (Romains 3.10). Nul ne sera justifié par les œuvres de la loi (Romains 3.20). Une seule transgression implique une culpabilité complète (Jacques 2.10). Personne ne peut obtenir la vie par l’obéissance à la loi.

  • La nouvelle alliance

Pour cette raison, et parce Dieu en a décidé ainsi, il a promis une nouvelle alliance à son peuple (Jérémie 31.33, Ezéchiel 11.18-20; Ezéchiel 36.26; Jérémie 32.38-40).

Mais voici l’alliance que je ferai avec la maison d’Israël, Après ces jours-là, dit l’Eternel: Je mettrai ma loi au dedans d’eux, Je l’écrirai dans leur coeur; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple. (Jérémie 31:33)

La victoire de Christ

  • Christ s’est chargé de nos fautes

C’est Jésus, la rançon!

  • Christ a vaincu :

Satan a été vaincu et ne plus accuser les élus

Ce que nous voyons dans le récit de Job ne peut plus se produire. Satan ne peut plus se présenter devant Dieu de la même manière. Il a été jugé jeté dehors.

Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde sera jeté dehors. (Jean 12.31)

Apocalypse 12.7-9 décrit ce jugement où Satan est jeté dehors. Romains 8.33 nous témoigne de cette victoire en Christ et de l’impossibilité d’accuser les élus.

La création sera aussi restaurée et cette restauration découle de l’œuvre du Christ la création attend la délivrance (Romains 8.19-20; Romains 8.22-23)

  • La libération du corps de chair

Comme la création, nos corps de chair demeurent en attente de la restauration.

Et ce n’est pas elle seulement; mais nous aussi, qui avons les prémices de l’Esprit, nous aussi nous soupirons en nous-mêmes, en attendant l’adoption, la rédemption de notre corps. » (Romains 8.19-23)

  • La persévérance des saints est dans la foi et par la grâce (Hébreux 10.35-37; Jacques 5.11)

Les saints persévèrent avec assurance dans leur espérance avec patience! Nous sommes déjà vainqueurs! Nous n’attendons que la délivrance.

Hugo Lacasse
12 août 2018


Hugo Lacasse

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